Après l’Irak et la Libye place au Venezuela

Redigé par Tite Gatabazi
Le 5 janvier 2026 à 07:00

Il est désormais manifeste que l’histoire, lorsqu’on refuse obstinément d’en assimiler les leçons, se répète avec une rigueur implacable : les mêmes causes produisent immanquablement les mêmes effets.

En dépit des désastres irakien et libyen, les promoteurs du changement de régime continuent d’ignorer l’expérience accumulée ; l’illusion d’ingénieries politiques expéditives se perpétue, au mépris des sociétés concernées et de l’ordre international.

Les échecs consécutifs à l’opération ayant conduit à la chute de Saddam Hussein demeurent patents. Ils se traduisirent par la création d’un vide politique et sécuritaire abyssal, l’émergence d’une insurrection d’une rare violence, l’exacerbation des fractures confessionnelles entre sunnites et chiites, ainsi que par la genèse de formations terroristes telles que Daech.

Le pillage systématique des infrastructures irakiennes, l’effondrement de l’appareil étatique et l’incapacité d’ériger rapidement une démocratie stable ont précipité le pays dans un chaos prolongé, dont les répliques n’ont cessé de déstabiliser la région, et ce malgré la capture et la disparition du dictateur.

Les déconvenues de l’opération ayant conduit à la chute de Mouammar Kadhafi procèdent d’une même imprévoyance stratégique. L’absence d’un véritable plan d’après-Kadhafi a ouvert la voie à un désordre généralisé : fragmentation du pays en entités rivales, prolifération de milices, dualité des autorités à l’Est et à l’Ouest et implantation de groupes terroristes se réclamant de Daech.

A cela se sont ajoutées la déstabilisation du Sahel et les interrogations persistantes sur la légitimité et les méthodes de l’intervention, la disparition violente et controversée de Kadhafi demeurant comme un symbole de la victoire tactique mais de la faillite politique L’intervention a privilégié la chute du régime au détriment de la stabilisation durable de la Libye, comme l’ont souligné de nombreux observateurs, y compris d’anciens responsables du renseignement.

L’opération militaire américaine en cours contre le Venezuela marque dès lors un basculement géopolitique de grande ampleur. Les États-Unis s’en affranchissent délibérément et indiscutablement du droit international, violant la Charte et l’esprit mêmes des Nations Unies.

Il s’agit là d’un acte lourd de conséquences pour l’architecture internationale issue de la Seconde Guerre mondiale : la normalisation du renversement des régimes par la force. Or, aussi décriés soient-ils, les gouvernements visés ne sont nullement remplacés par la démocratie et la paix ; les précédents irakien et libyen attestent qu’ils cèdent le plus souvent la place au chaos, à la guerre civile et trop fréquemment, à de nouvelles formes d’autoritarisme.

Cette dynamique consacre, en outre, la résurgence des sphères d’influence impériales, désormais justifiées par le « corollaire Trump » de la doctrine Monroe, tel que formulé dans la stratégie nationale de défense de décembre 2025 : l’objectif à peine voilé demeure l’imposition d’un ordre idéologique conforme aux vues de Washington sur l’ensemble de l’Amérique latine.

Mais dès lors que les États-Unis se permettent de s’extraire de la légalité internationale, quelles objections opposer à la Chine si elle entreprenait de renverser un régime qui lui déplaît en Corée, au Vietnam ou, plus encore, à Taïwan ? Quels arguments invoquer face à la Russie si elle s’arrogeait le droit d’imposer un changement de pouvoir en Moldavie, voire dans les pays baltes ?

Il revient, dans ce contexte à l’Europe et plus largement, aux pays du Sud global, de réaffirmer avec clarté et constance leur attachement aux principes du droit international : souveraineté des États, non-recours à la force, sécurité collective. Il leur appartient de défendre l’édifice juridique fondé sur l’égalité souveraine des États contre le heurt brutal des empires renaissants, afin que la tentation du fait accompli ne supplante pas durablement la primauté du droit.

L’opération militaire américaine en cours contre le Venezuela marque dès lors un basculement géopolitique de grande ampleur

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