Goma à l’heure des choix ou la réouverture de l’aéroport comme test de gouvernance

Redigé par Tite Gatabazi
Le 24 février 2026 à 03:44

La déclaration est sobre, presque austère : « Oui, nous avons aujourd’hui accepté le principe d’entamer des discussions qui porteront sur la réouverture de cet aéroport. » Ainsi s’était exprimé Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, au sujet de l’aéroport de Goma.

Derrière cette formule mesurée se dessine pourtant une question d’envergure : celle du retour de la normalité économique et logistique dans une ville devenue l’un des épicentres politiques, diplomatique et sécuritaires de l’Est de la République démocratique du Congo.

Un aéroport n’est jamais une simple infrastructure. Il est un symbole de souveraineté, un nœud d’échanges, un levier de développement. Sa fermeture isole, ralentit, asphyxie ; sa réouverture reconnecte, stimule, rassure. À Goma, cette équation prend une dimension particulière : ville-carrefour aux confins des frontières, pôle commercial dynamique, porte d’entrée touristique vers les volcans et le lac Kivu, elle dépend structurellement de la fluidité aérienne pour maintenir son activité et son attractivité.

Corneille Nangaa, dans ses interventions successives, insiste sur cette dimension civique et socio-économique. Il ne présente pas la réouverture comme une victoire politique, mais comme une nécessité pour la population : relancer le commerce, soutenir le tourisme, créer ou préserver des emplois. Le propos se veut pédagogique, presque didactique. Il rappelle que l’infrastructure appartient d’abord aux habitants, aux opérateurs économiques, aux travailleurs, et non aux rivalités partisanes.

Il y a, dans cette posture, une volonté manifeste de se placer sur le terrain de la responsabilité. Parler de « principe d’entamer des discussions » plutôt que d’annoncer une décision unilatérale traduit un souci d’éviter la précipitation. Nangaa répète que les choses doivent être conduites avec méthode, dans le respect des exigences techniques et sécuritaires, afin d’éviter les emballements et les annonces inconsidérées.

L’argument est clair : la stabilité d’une réouverture vaut mieux qu’un effet d’annonce voué à l’échec.

En creux, se dessine une critique implicite des pratiques de Kinshasa, accusées de confusion et de cacophonie. L’idée avancée est celle d’un contraste entre une gouvernance que l’AFC/M23 voudrait méthodique, graduée, structurée, et un pouvoir central perçu comme enclin aux déclarations abruptes et aux volte-face. Que cette opposition soit fondée ou instrumentalisée, elle participe d’une bataille narrative : celle de la crédibilité.

La réouverture de l’aéroport de Goma constitue ainsi un test. Test de coordination technique car une infrastructure aéroportuaire suppose normes de sûreté, contrôle de l’espace aérien, coopération avec les autorités de l’aviation civile. Test de maturité politique car toute décision dans ce contexte est scrutée comme un acte de légitimation implicite. Test, enfin, de capacité à placer l’intérêt des populations au-dessus des postures.

Dans une région longtemps prise en étau entre conflits armés et rivalités institutionnelles, la normalisation des infrastructures est un indicateur puissant. Elle dit quelque chose de la volonté d’inscrire l’action publique dans la durée plutôt que dans l’événementiel. Mais elle suppose également un minimum de concertation nationale et internationale, faute de quoi elle risque d’être contestée, entravée ou fragilisée.

On ne peut ignorer l’ambivalence de la situation. D’un côté, la réouverture d’un aéroport répond à une attente légitime des habitants de Goma, lassés de l’isolement et des entraves économiques. De l’autre, elle s’inscrit dans un paysage institutionnel fragmenté où chaque geste administratif est interprété comme un geste politique.

La question centrale demeure donc celle-ci : la réouverture sera-t-elle un acte au service exclusif des populations, ou un jalon supplémentaire dans la recomposition du pouvoir à l’Est ?

Si elle est conduite avec rigueur, transparence et coordination, elle pourrait constituer un pas vers la décrispation. Si elle devient un instrument de rivalité symbolique, elle risque d’alimenter les fractures.

Dans tous les cas, l’aéroport de Goma n’est plus seulement une piste et un terminal. Il est devenu un miroir : celui de la capacité des acteurs congolais à dépasser la confrontation pour privilégier l’intérêt général. Et, dans le fracas des armes et des discours, cette exigence de méthode pourrait bien être la plus décisive des ruptures.

Corneille Nangaa, dans ses interventions successives, insiste sur le fait que la réouverture n’est pas seulement une victoire politique, mais surtout une nécessité pour la population

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