Une bise appuyée, échangée sous l’œil des caméras, suivie du maintien prolongé de la main de la journaliste dans le dos du chef de l’État, tandis qu’elle arborait un sourire ostensiblement appuyé, ont suffi à déclencher une vague de réactions sur les réseaux sociaux.
Cette scène, largement relayée et commentée, a enflammé la toile non par son caractère anecdotique, mais parce qu’elle symbolise une confusion des rôles et une désinvolture institutionnelle qui interrogent profondément sur le rapport du pouvoir à la décence publique, à la distance professionnelle et à la dignité de la charge suprême.
Ce qui choque ici n’est pas l’anecdote, encore moins le goût supposé pour le sensationnel, mais l’atteinte manifeste portée à la dignité même de la fonction présidentielle. Lorsqu’un chef de l’État s’affiche en public dans une proximité excessivement démonstrative avec une journaliste, au point de dissoudre toute frontière entre l’institution et l’intime, il ne s’agit plus d’un simple écart de style : c’est une dégradation symbolique de la charge suprême.
La Présidence n’est ni un plateau de divertissement ni un espace d’exhibition affective ; elle est, par essence, un lieu de retenue, de distance et de gravité.
En se livrant à des gestes de familiarité déplacée sous l’œil des caméras, le Président rabaisse sa fonction et affaiblit l’autorité qu’elle est censée incarner. Il substitue à la verticalité républicaine une horizontalité ambiguë, où la confusion des rôles devient la norme et où la représentation de l’État se dilue dans une mise en scène personnelle.
Cette désinvolture publique n’est pas anodine : elle envoie un signal délétère, celui d’un pouvoir qui ne se respecte plus lui-même et qui, ce faisant, invite à sa propre banalisation.
Proximité suspecte et naufrage déontologique : l’effacement des frontières professionnelles
La responsabilité de cette dérive n’incombe pas à un seul protagoniste. Lorsqu’une journaliste s’autorise une telle intimité avec le chef de l’État qu’elle est censée interroger, informer ou analyser, c’est tout l’édifice déontologique du journalisme qui vacille.
La distance critique, pierre angulaire de la crédibilité médiatique, est alors sacrifiée sur l’autel de la connivence. Le micro cesse d’être un instrument d’information pour devenir l’accessoire d’une proximité suspecte, lourde de conflits d’intérêts implicites.
Mais c’est précisément parce que le Président est dépositaire d’une fonction supérieure que sa responsabilité est aggravée. En tolérant, voire en encourageant cette confusion, il expose non seulement la journaliste à un discrédit professionnel durable, mais il entache également l’image de l’institution qu’il représente.
Dans toute organisation rigoureuse, une telle promiscuité serait analysée comme une faute grave, tant elle rompt le lien de confiance, compromet l’impartialité et porte atteinte à la réputation collective.
Au-delà du buzz et des réactions épidermiques, la question est donc éminemment politique, éthique et institutionnelle. Elle interroge le rapport du pouvoir à ses propres règles, la capacité de l’État à maintenir des lignes claires entre autorité et complaisance, entre fonction et familiarité.
L’éthique n’est pas un ornement facultatif que l’on convoque selon les circonstances ; elle est une exigence structurelle. Lorsqu’elle est piétinée en public, ce ne sont pas seulement des carrières individuelles qui vacillent, mais la crédibilité même de l’État et de l’information.














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