Les aveux tardifs de la Monusco

Redigé par Tite Gatabazi
Le 29 janvier 2026 à 04:41

La Monusco, longtemps perçue comme le garant d’une stabilité incertaine dans l’Est de la République démocratique du Congo, livre aujourd’hui des aveux d’une franchise inhabituelle, révélant les limites de la prétendue puissance de feu des FARDC et supplétifs face à un adversaire organisé et discipliné.

Entre l’ostentation d’une supériorité technologique affichée et le désarroi concret sur le terrain, marqué par le brouillage systématique de ses équipements et l’impuissance relative de ses drones et hélicoptères, l’ONU révèle, sans fard, la fragilité de ses dispositifs face à la réalité d’un conflit modernisé et régionalisé.

Ces révélations mettent en lumière une contradiction fondamentale : la force matérielle, si impressionnante soit-elle, ne garantit ni la maîtrise des combats ni la pacification durable, exposant la complexité et l’intransigeance des conflits contemporains qui échappent aux seules solutions militaires.

Dans une récente intervention accordée à RFI Afrique, Madame Vivian van de Perre, représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations unies pour la protection et les opérations et assurant par intérim la direction de la Monusco, a livré un constat d’une franchise inhabituelle.

Elle observe que l’AFC/ M23 actuel « n’est pas le même que celui de 2012 qu’on peut qualifier simplement de groupe armé ou de groupe rebelle », soulignant le « niveau d’équipement et d’organisation qu’il a atteint ». Cette distinction, précise-t-elle, se traduit par une capacité de combat comparable à celle d’une armée conventionnelle, et non à celle d’un simple mouvement insurrectionnel.

Évoquant la prise de Goma il y a un an, Madame van de Perre confirme l’ampleur exceptionnelle des affrontements. Selon elle, « il ne s’agissait donc pas tant d’un combat contre un groupe rebelle que d’un affrontement qui ressemblait presque à un conflit entre deux armées conventionnelles », réaffirmant que « l’ampleur des combats était sans précédent ».

Cependant, ce constat est aggravé par des contraintes techniques considérables : « Nous étions désavantagés dans l’utilisation de nos technologies en raison du brouillage très actif des signaux GPS pendant la bataille et, soit dit en passant, cela se poursuit encore aujourd’hui, ce qui nous empêchait d’utiliser nos hélicoptères et nos drones. Nous ne pouvions pas utiliser nos équipements technologiques. »

L’urgence des causes profondes : l’échec des seules réponses militaires

Dans la continuité de son analyse, Madame Vivian van de Perre souligne la brutalité des combats observés : « L’ampleur de l’attaque était considérable. J’ai également vu autour de l’aéroport des combats extrêmement violents. Ce n’est pas comme si l’AFC/M23 était simplement entré et avait pris le contrôle, comme en 2012. C’était une bataille extrêmement intense. J’ai vu les forces gouvernementales se battre très violemment à l’aéroport et subir de lourdes pertes. »

Pour autant, cette description ne se limite pas à un inventaire des violences ou des difficultés opérationnelles rencontrées par la Monusco. Elle en tire une leçon politique essentielle, appelant à un dépassement du seul registre militaire : « Sans s’attaquer, au moins en partie, aux causes profondes du conflit et si l’on cherche à régler les différends sur le champ de bataille, ce conflit se poursuivra ».

En d’autres termes, la représentante onusienne confirme, à demi-mot, que la maîtrise tactique de la force même appuyée par des technologies avancées ne saurait suffire à pacifier durablement l’Est de la République démocratique du Congo.

La paix véritable, insiste-t-elle, exige une approche intégrale, confrontant les racines politiques, sociales et régionales de la violence.

Madame Vivian van de Perre, représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations unies pour la protection et les opérations et assurant par intérim la direction de la Monusco

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