Jeunes et adultes venus de plusieurs pays ont croisé leurs expériences et leurs récits, ouvrant un espace de parole où mémoire, identité et transmission intergénérationnelle ont occupé une place centrale.
Témoignages de parcours personnels
Le sénateur Amandin Rugira a livré un poignant sur son parcours familial et professionnel. Élevé dans un environnement où le tribalisme était rejeté, il a reçu de ses parents des valeurs d’amour, de respect et d’intégrité qui ont guidé sa carrière d’économiste puis de responsable public. Il a rappelé que défendre ces principes sous le régime de Juvénal Habyarimana avait des conséquences lourdes, faisant de lui et de sa famille des cibles lors du génocide contre les Tutsi en 1994.
La ministre Nelly a partagé l’histoire complexe de sa propre identité : fille d’une auteure du génocide condamnée à la prison à vie, et d’un père Tutsi, elle a découvert l’implication de sa mère seulement deux ans après les événements. Elle a expliqué comment elle a choisi de ne pas être définie par le passé familial, mais de construire sa vie sur la responsabilité, la dignité et l’espoir. Elle a encouragé les jeunes à assumer leurs choix, connaître leur histoire et dire la vérité avec courage, tout en appelant les parents à instaurer un dialogue ouvert avec leurs enfants.
Elle a illustré cette démarche par un moment fort : sa fille, à 12 ans, lui a demandé si elle devait aimer ou détester sa grand-mère incarcérée. Confrontés à cette question, elle et son époux ont choisi la transparence, convaincus que la vérité transmise dans un cadre de confiance est essentielle pour la construction identitaire et la réconciliation.
Nubuhoro Eugénie a également apporté son témoignage en tant qu’enfant d’un parent impliqué dans le génocide. Élevée en exil dans la haine des Tutsi, elle a douté des récits parentaux et cherché la vérité auprès du Ministère de Minubumwe, avant de revenir au Rwanda en août 2025 après 31 ans d’exil. Son expérience souligne l’importance de ne pas suivre le chemin du mal, même au sein de sa famille, et de transmettre la vérité aux générations futures.
Les jeunes et les réseaux sociaux : un levier pour la vérité
Gatete Olivier s’est exprimé sur le rôle des réseaux sociaux et la manière dont les jeunes Rwandais vivant ou ayant grandi en Europe peuvent les utiliser pour accéder à des informations fiables. Il a expliqué qu’au départ, il avait peur de s’exposer publiquement face à ceux qui diffusaient de fausses informations sur le Rwanda. Avec le temps, il a lancé des émissions sur YouTube et créé sa propre chaîne pour contrer les mensonges. Son témoignage montre que les réseaux sociaux peuvent devenir un outil puissant pour diffuser la vérité et permettre aux jeunes de défendre activement leur pays.
Dans la même dynamique, Bryon Mutijima a expliqué :
« Aujourd’hui, j’utilise activement les réseaux sociaux comme un espace d’expression et de sensibilisation pour promouvoir des informations vérifiées et encourager un dialogue respectueux. Cette démarche est née du constat que de nombreux jeunes s’informent principalement en ligne. À travers des publications, des échanges et la création de contenus audiovisuels, j’essaie d’apporter des éléments factuels et de partager mon expérience. Avec le temps, j’ai pu observer que cette approche contribue à susciter des questionnements, à ouvrir des discussions constructives et, dans certains cas, à faire évoluer les points de vue.
Mon expérience entrepreneuriale au Rwanda constitue également un message d’encouragement pour les jeunes de la diaspora. Le pays offre un environnement propice à l’initiative, avec des opportunités réelles pour celles et ceux qui souhaitent investir ou entreprendre. À ceux qui hésitent encore, je dirais qu’il est essentiel de s’informer, de se rapprocher des institutions d’accompagnement et de multiplier les visites sur le terrain afin de mieux comprendre les réalités du marché. Avec de la préparation, de la persévérance et une vision claire, il est possible de concrétiser des projets et de contribuer activement au développement du pays. »
Par ailleurs, Barebe Niringiyimana, vivant en Suède, a partagé son expérience :
Sur le thème de la cohésion sociale et des opportunités, Barebe a témoigné avoir grandi dans une famille qui lui transmettait une image négative du Rwanda, allant jusqu’à lui faire croire qu’il risquerait d’être tué s’il y retournait.
Souhaitant vérifier ces informations, il a pris contact avec le bureau de l’ambassade du Rwanda dans les pays nordiques, où il a reçu des éclairages qui l’ont aidé à envisager un retour. Malgré ses appréhensions, il a finalement décidé de se rendre lui-même au Rwanda et y a reçu un accueil bien différent de ce à quoi il s’attendait.
Après avoir pris la décision personnelle de rentrer au pays le mois dernier, il a ainsi découvert une réalité différente de celle qui lui avait été décrite. Ce séjour lui a permis de constater qu’il avait été induit en erreur, mais aussi d’entrevoir de nouvelles perspectives en initiant, sur place au Rwanda, un projet qu’il entend désormais développer et poursuivre.
Les échanges avec le ministre Bizimana ont également souligné l’importance de ces initiatives et la manière dont la jeunesse peut s’impliquer pour renforcer l’unité et la résilience du Rwanda.
Mémoire, vérité et résilience
D’autres interventions ont rappelé l’importance de la justice, de la mémoire et de l’esprit critique. L’avocat Richard Gisagara a évoqué son engagement dans les procès des suspects de génocide en France depuis 2014, soulignant la nécessité pour les Rwandais de rester mobilisés malgré le temps qui fait disparaître témoins et accusés. Des témoignages comme ceux de Jean de Dieu Uwizeye et de jeunes de la diaspora ont montré que la propagande et les récits hérités influencent encore les perceptions et qu’il est crucial d’aller à la rencontre du Rwanda pour construire sa propre compréhension de l’histoire.
En conclusion, le dialogue a démontré que la mémoire, lorsqu’elle est partagée avec responsabilité et écoute, peut devenir un levier de résilience collective. Ces échanges témoignent de la volonté d’une diaspora diverse mais unie de contribuer à l’avenir du Rwanda, en transmettant la vérité et en renforçant l’unité intergénérationnelle.














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