Cette brusque irruption de l’émotion dans l’arène diplomatique, suscitée par la mort tragique d’une ressortissante étrangère, met en lumière, par son caractère subit et sélectif, les hiérarchies implicites de l’indignation qui continuent de régir, avec une constance déconcertante, les réactions du concert des nations.
A l’inverse, le blocus de Minembwe, qui constitue, au regard du droit international, un acte susceptible d’être qualifié de génocide en raison de ses conséquences systémiques sur la population civile, n’a suscité que peu de mobilisations ou de condamnations effectives.
Cette disparité manifeste révèle non seulement les asymétries morales qui traversent la diplomatie contemporaine, mais aussi l’inertie coupable d’un ordre international parfois aveugle face aux crimes les plus graves lorsqu’ils frappent des victimes dépourvues de visibilité médiatique ou de protection stratégique.
A la suite de la frappe de drone survenue le 11 mars à Goma, capitale du Nord-Kivu, ayant coûté la vie à une employée de l’UNICEF, le Conseil de sécurité des Nations unies a été convoqué en consultations à huis clos, à l’initiative de la France.
Cette réunion, placée sous le sceau de la gravité, intervient dans un contexte d’intensification des hostilités dans l’Est congolais, marqué par une utilisation croissante et de plus en plus controversée de drones armés par le gouvernement congolais dans des zones densément peuplées.
Dans un communiqué publié le jour même de l’attaque, la MONUSCO a rappelé avec fermeté que toute attaque visant le personnel des Nations unies est susceptible de relever de la qualification de crime de guerre au regard du Statut de Rome.
Cette mise en garde, lourde de conséquences juridiques, n’a cependant pas dissipé les zones d’ombre entourant les responsabilités de cette frappe, la mission onusienne s’étant, à ce stade, abstenue de toute attribution formelle.
Les appels à la vérité et à la transparence se sont multipliés. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exigé l’ouverture d’une enquête impartiale, une exigence reprise par l’Union européenne. Le gouvernement congolais, pour sa part, a annoncé l’ouverture d’investigations nationales, tandis qu’une note interne du secrétariat des Nations unies faisait état d’une première évaluation technique, sans désignation de responsabilité.
Mais au-delà de l’émoi suscité par cet événement tragique, une question lancinante demeure : combien de victimes anonymes, congolaises celles-là, auront péri dans un silence quasi général avant que ne s’ébranle la machinerie diplomatique internationale ? L’émotion, lorsqu’elle se révèle sélective, confine à une forme d’injustice morale.
La guerre à distance : entre dérive technologique et faillite du droit humanitaire
L’attaque de Goma s’inscrit dans une dynamique plus large d’intensification des opérations militaires menées par les FARDC contre la rébellion de l’AFC/M23, dans laquelle l’usage des drones armés occupe désormais une place centrale.
Cette mutation des modes opératoires militaires, qui tend à privilégier la guerre à distance, soulève des interrogations majeures quant au respect des principes fondamentaux du droit international humanitaire, au premier rang desquels figurent la distinction entre combattants et civils, ainsi que la proportionnalité dans l’usage de la force.
Les discussions engagées au sein du Conseil de sécurité devraient également porter sur la mise en œuvre effective d’un cessez-le-feu durable, tel que prescrit par la résolution 2808 adoptée le 19 décembre 2025, laquelle exige des parties un engagement immédiat en faveur d’une cessation vérifiable des hostilités.
Dans une correspondance datée du 27 février, le Secrétaire général des Nations unies a évoqué des avancées relatives à la mise en place du mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu (COVM), prévu dans le cadre du processus de Doha, sous médiation qatarie.
L’approche préconisée, qualifiée de « progressive, adaptable et conditionnée », inclurait notamment le déploiement de forces additionnelles jusqu’à 2 500 soldats afin de consolider la stabilité dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Toutefois, ces projections demeurent suspendues à une volonté politique encore fragile et à un environnement sécuritaire hautement volatil.
Ainsi, l’affaire de Goma ne saurait être réduite à un tragique incident isolé. Elle constitue, bien au contraire, le symptôme d’une crise plus profonde : celle d’un ordre international peinant à concilier innovations militaires, impératifs sécuritaires et exigences éthiques.
A mesure que la guerre se dématérialise, le risque est grand de voir s’éroder les garde-fous juridiques qui, jusqu’alors, tentaient de préserver un semblant d’humanité au cœur des conflits. Le sang versé à distance n’en demeure pas moins du sang humain et son oubli, lui, serait une faute irréparable.














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