En évoquant chez ce dernier les traits d’un « narcissisme malin » concept non formalisé dans les classifications psychiatriques classiques mais souvent mobilisé dans le débat public pour désigner une combinaison de tendances narcissiques, antisociales et paranoïaques, ces experts prétendent se situer dans une posture de vigilance civique, invoquant un « devoir d’avertir » face à ce qu’ils qualifient de « danger clair et présent ».
Toutefois, une telle démarche appelle une réflexion rigoureuse quant à ses fondements et à ses implications. En effet, la psychiatrie, discipline éminemment délicate, repose sur des principes méthodologiques stricts, au premier rang desquels figure l’examen clinique direct du patient.
Or, diagnostiquer à distance une personnalité publique, sur la base d’observations médiatiques, constitue une entorse manifeste à la prudence scientifique. Cette réserve est d’ailleurs consacrée par des règles déontologiques bien établies, telles que la « Goldwater Rule » promue par l’American Psychiatric Association, qui proscrit précisément ce type de diagnostic sans évaluation formelle.
Il ne s’agit pas ici de nier que les comportements publics d’un dirigeant puissent légitimement susciter l’inquiétude ou la critique. La parole politique, lorsqu’elle se fait outrancière, clivante ou imprévisible, appelle un examen critique nourri, y compris sous l’angle psychologique.
Mais franchir le seuil qui sépare l’analyse comportementale de la pathologisation clinique revient à substituer à l’argument politique une forme de médicalisation du débat public, dont les dérives sont potentiellement redoutables.
« Devoir d’avertir » ou dérive d’autorité : la frontière fragile entre science et engagement
L’invocation d’un « devoir d’avertir » notion issue du champ médico-légal, visant à prévenir un danger imminent identifié chez un patient confère à la démarche de Brandy X. Lee et de ses confrères une gravité particulière.
Elle suggère que le silence des experts constituerait une faute morale, voire une complicité implicite. Mais cette transposition d’un principe clinique à l’espace politique soulève des interrogations fondamentales.
Car enfin, qui détermine le seuil du « danger » dans une démocratie ? Et selon quels critères un professionnel de santé mentale peut-il s’arroger le droit d’alerter le public sur un individu qu’il n’a jamais examiné ? Une telle posture, si elle venait à se généraliser, ouvrirait la voie à une instrumentalisation de la psychiatrie à des fins partisanes, chaque camp pouvant convoquer ses experts pour délégitimer l’adversaire sous couvert de diagnostic.
L’histoire n’est pas avare d’exemples où la médecine, détournée de sa vocation, fut mobilisée pour stigmatiser, exclure ou discréditer. La prudence s’impose donc avec d’autant plus de force que l’autorité scientifique, lorsqu’elle s’exprime, bénéficie d’un crédit considérable dans l’opinion publique.
En ce sens, la position la plus équilibrée consiste sans doute à distinguer fermement deux registres : celui de l’analyse critique des actes et des discours d’un dirigeant, qui relève pleinement du débat démocratique, et celui du diagnostic psychiatrique, qui exige des conditions méthodologiques et éthiques rigoureuses. Confondre ces deux plans reviendrait à fragiliser à la fois la crédibilité de la science et la qualité du débat public.
Ainsi, sans invalider les préoccupations exprimées par Brandy X. Lee, il convient de refuser toute tentation de verdict clinique à distance. Car la démocratie ne se défend pas en pathologisant ses acteurs, mais en confrontant leurs idées, leurs décisions et leurs responsabilités à l’épreuve exigeante de la raison critique.
Entre vigilance et dérive, la ligne de crête est étroite : c’est précisément pour cela qu’elle doit être tenue avec une rigueur inflexible.














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