En évoquant la « soudanisation » du Congo, l’ancien Président Joseph Kabila ne se livre pas à une rhétorique d’effroi, mais à une mise en garde dont la gravité mérite d’être prise à la mesure des tragédies contemporaines.
L’histoire récente du Soudan nous enseigne, avec une éloquence tragique, que les États ne s’abîment pas dans le chaos par un seul coup du sort : ils s’érodent d’abord dans la dilution de l’autorité, se fissurent dans la déliquescence institutionnelle, puis s’embrasent sous la pression conjuguée des rivalités internes et des convoitises extérieures.
Or, les signes avant-coureurs d’une telle dérive ne sauraient être ignorés. Lorsqu’un pays banalise la guerre au point de l’inscrire dans le quotidien, lorsqu’il fragmente son monopole de la violence légitime en laissant proliférer des groupes armés, lorsqu’il substitue à la rigueur de l’État l’arbitraire des intérêts particuliers, il s’engage, qu’il le veuille ou non, sur une pente périlleuse.
Le République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à ce carrefour critique, où l’hésitation entre ordre et désagrégation pourrait sceller son destin.
L’exigence d’un sursaut national
Face à cette perspective, la tentation de la polémique apparaît dérisoire, sinon coupable. L’urgence commande au contraire une lucidité sans complaisance et un sursaut d’autorité fondé sur l’intérêt supérieur de la Nation.
Gouverner, ce n’est point administrer l’improvisation ni céder aux vertiges de la radicalisation ; c’est restaurer la cohérence de l’État, réaffirmer la primauté du droit et préserver l’unité nationale contre les forces centrifuges qui la menacent.
Il est dès lors impératif de rompre avec les pratiques délétères qui minent la crédibilité des institutions : le tribalisme qui fragmente le corps social, le népotisme qui corrompt l’exigence de mérite, la prédation qui érode les ressources publiques et l’incompétence qui discrédite l’exercice du pouvoir.
A défaut d’une telle refondation, le Congo risquerait de passer du statut d’État gouverné à celui de territoire disputé et l’Histoire, implacable, ne pardonne jamais aux nations qui refusent d’entendre les avertissements qui leur sont adressés.














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