La fragmentation du corps national en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 16 février 2026 à 01:58

À travers toute la République démocratique du Congo, des villes aux villages les plus reculés, se dessinent avec une netteté inquiétante les ferments d’un déchirement profond, peut-être annonciateur d’un affrontement plus radical encore.

De mort en mort, un engrenage implacable fait de passions déchaînées, de violences banalisées et de haines instrumentalisées est en train d’engloutir ce qu’il reste de la communauté républicaine, opposant les causes les unes aux autres, dressant des martyrs concurrents dans une macabre surenchère.

Les figures armées de cette dislocation se multiplient et se répondent : les kulunas disputent la rue aux forces dites du « progrès », milice tenue par des réseaux de l’UDPS ; les Mobondo ensanglantent le Bandundu ; en Ituri, une entreprise d’épuration ethnique vise les Hema ; à Minembwe, un blocus punit des Banyamulenge ; à Beni enfin, la région est livrée aux atrocités répétées des ADF, dans un climat où l’ombre de complicités politiques de haut rang ne cesse de s’épaissir.

Rien ni la colère, ni la vengeance, ni quelque idéologie que ce soit ne saurait justifier que des hommes, des femmes et des enfants soient ainsi arrachés à la vie du fait même de leur gouvernement.

Lorsque l’État abdique sa fonction première de protection, il ne se contente pas de faillir : il rompt le pacte civique et ouvre la voie à la loi de la force, où la vie humaine devient une variable politique.

Responsabilités politiques, dérive identitaire et exigence éthique de retenue

À cette violence matérielle s’ajoute une violence symbolique tout aussi délétère : celle d’une parole politique qui, loin d’apaiser, souffle sur les braises ardentes de la colère, de la falsification et des contre-vérités. L’inquiétude est immense de voir des responsables de premier plan précipiter leurs anathèmes avant même que les faits ne soient établis.

A peine les drames connus, les réseaux sociaux s’embrasent : accusations hâtives, désignations de boucs émissaires, promesses à peine voilées de lendemains vengeurs. Or la justice requiert le temps long, l’examen rigoureux des preuves et la retenue du jugement ; la République, elle, exige le sang-froid, la mesure et le respect scrupuleux des procédures.

En ligne de mire se profilent des calculs politiques à courte vue, indifférents aux dégâts infligés au contrat social. La parole publique, lorsqu’elle est ainsi instrumentalisée, frappe au cœur même du vivre-ensemble et divise la nation en camps irréconciliables.

La tenaille identitaire dans laquelle le pouvoir et ses relais enferment le pays mine patiemment les fondements de la coexistence civique : les uns prospèrent sur la peur, les autres sur la rage ; chacun simplifie, chacun attise, chacun désigne un ennemi commode.

Face à la mort, face à des faits abominables et moralement inqualifiables, le devoir n’est pas de hiérarchiser les douleurs ni de transformer les victimes en arguments. Il est de dénoncer, d’alerter, mais aussi de se contenir.

Albert Camus rappelait cette exigence morale de l’auto-limitation : s’empêcher. S’empêcher de céder à la colère et à la rage. S’empêcher de sacrifier la vérité à l’instantanéité. S’empêcher surtout d’opposer les morts aux morts, comme si certaines vies valaient plus que d’autres.

À l’approche de l’échéance présidentielle, la tentation de la surenchère sera grande. Pourtant, on ne bâtit rien de durable sur un sol fissuré. La République démocratique du Congo n’a nul besoin de pyromanes politiques ; elle a besoin de responsables.

Elle n’a nul besoin d’anathèmes supplémentaires ; elle a besoin d’une parole publique qui protège, qui rassemble et qui refuse résolument le vertige destructeur de la guerre des camps.

À travers la RDC, des signes inquiétants laissent craindre un déchirement profond et de futurs affrontements

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