La politique de la peur comme mode de gouvernement

Redigé par Tite Gatabazi
Le 19 janvier 2026 à 03:35

Il règne aujourd’hui à Kinshasa un silence pesant, presque funèbre, qui n’a rien de l’apaisement promis par les discours officiels. Ce mutisme contraint n’est pas celui de la concorde retrouvée, mais l’expression diffuse d’une peur méthodiquement entretenue, devenue un instrument central de gouvernement.

Derrière les proclamations de démocratie, les simulacres de dialogue et les sourires diplomatiques, s’impose une réalité autrement plus sombre : celle d’un pouvoir qui substitue l’arbitraire à la loi, la coercition au débat, et la répression à la contradiction.

Dans cette capitale désormais sous surveillance permanente, toute proximité réelle ou supposée avec l’ancien président Joseph Kabila suffit à exposer à la suspicion, puis à la sanction.

Des rafles ciblées frappent indistinctement cadres politiques, anciens responsables institutionnels, militants et activistes, au mépris des garanties les plus élémentaires de l’État de droit. Les arrestations nocturnes, menées sans mandat ni explication, se multiplient ; les destinations demeurent inconnues ; le droit à la défense est suspendu.

L’interpellation d’Aubin Minaku, vice-président du PPRD, survenue dans la nuit de samedi à dimanche à la suite de l’irruption d’un important dispositif sécuritaire à son domicile, s’inscrit pleinement dans cette logique d’intimidation généralisée.

Après Shadary, ce nouvel épisode confirme une stratégie assumée : démanteler l’opposition par la peur, et non la vaincre par l’argument.

La criminalisation de l’opposition et la faillite morale du pouvoir

Cette dérive ne saurait être justifiée ni par les impératifs de la sécurité nationale ni par une application rigoureuse et impartiale de la loi. Elle s’inscrit, au contraire, dans une logique délibérée de criminalisation systématique de l’opposition, où l’autorité publique instrumentalise l’appareil répressif pour disqualifier toute voix discordante.

L’amalgame y devient une méthode : l’adversaire politique est assimilé à un ennemi intérieur, la critique à une menace contre l’État, et l’appartenance réelle ou supposée à un camp rival à une faute quasi pénale. La loi, vidée de sa vocation protectrice, est ainsi détournée de son esprit pour servir de paravent à des règlements de comptes politiques.

Cette mécanique repose sur une paranoïa du pouvoir qui trahit moins une vigilance légitime qu’une angoisse profonde face à la contestation et à l’alternance. La vengeance politique s’y dissimule sous les atours de la légalité, tandis que la peur devient un outil de gouvernement assumé.

En procédant de la sorte, le régime ne se contente pas de neutraliser ses opposants ; il sape les fondements mêmes de l’État de droit, fragilise la confiance civique et installe durablement un climat de suspicion généralisée.

Loin de renforcer l’autorité de l’État, cette dérive en accélère la déchéance morale, car un pouvoir qui gouverne par l’amalgame et la répression confesse, en creux, son incapacité à convaincre, à dialoguer et à se légitimer autrement que par la force.

L’absence d’explication officielle quant aux motifs des arrestations, le recours à des lieux de détention opaques, la multiplication des cas de disparitions temporaires ou prolongées constituent autant de signes d’un régime qui gouverne par la terreur administrative et la force brute.

Le cas du jeune activiste Nathanael Okomba, désormais ajouté à cette liste macabre de détenus aux mobiles obscurs, illustre la brutalité d’un système qui confond critique et subversion, engagement citoyen et menace existentielle.

La responsabilité historique du régime est ici pleinement engagée. En substituant la peur au pluralisme, il vide la démocratie congolaise de sa substance et la réduit à une façade commode. Chaque opposant arrêté est une conscience muselée ; chaque détention arbitraire est une famille plongée dans l’angoisse ; chaque rafle est une atteinte supplémentaire à la dignité nationale.

L’histoire retiendra que, sous couvert de stabilité, le pouvoir a préféré l’épreuve de force à l’épreuve de vérité, et qu’il a tenté de gouverner durablement sur les cris étouffés de ses propres citoyens.

Or aucun régime ne sort grandi d’une telle entreprise : la répression révèle toujours moins une force qu’une fragilité morale, celle d’un pouvoir qui redoute la voix du peuple et craint la lumière de la justice.

L’interpellation nocturne d’Aubin Minaku après l’irruption d’un important dispositif sécuritaire à son domicile, s’inscrit dans une logique d’intimidation généralisée

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