Le Conseiller s’exprimait le 8 avril, lors de la Conférence internationale sur la prévention du génocide, organisée dans le cadre de la 32ᵉ commémoration du Génocide contre les Tutsi de 1994.
« C’est un profond honneur pour moi d’être ici à Kigali, m’exprimant pour la première fois depuis ma nomination en septembre dernier », a déclaré Beyani. « Le génocide est le crime le plus odieux contre l’humanité. Son essence réside dans l’extermination de populations en raison de leur identité. »
Revenant sur son expérience personnelle, Beyani a rappelé son expérience en tant qu’universitaire à l’Université d’Oxford et membre du conseil d’administration d’Oxfam, lorsqu’il a reçu les premiers rapports sur les massacres de Tutsi. « Oxfam a été l’une des premières organisations humanitaires à reconnaître et à dénoncer le génocide perpétré contre les Tutsi », a-t-il ajouté.
Lors d’une visite au Rwanda en juillet 1994, il a relaté la manière dont il avait été témoin des conséquences du génocide, décrivant la vue des corps de victimes dans les espaces publics de Kigali comme une expérience « qui a profondément choqué sa conscience d’être humain ».
Tirant les leçons de cette tragédie, Beyani a présenté la création de son bureau à l’ONU comme un mécanisme d’alerte préventive, en réponse à l’échec de la communauté internationale à prévenir le génocide contre les Tutsi en 1994 au Rwanda. « La prévention exige à la fois des mécanismes d’alerte efficaces et des actions rapides pour protéger les civils », a-t-il insisté.
Le responsable a en outre souligné le fait que « le génocide est délibérément conçu pour permettre l’exécution massive, nécessitant une planification systématique qui ne peut se produire sans défaillance ou complicité de l’État ». Selon lui, « en 1994, la communauté internationale, y compris les Nations Unies, a failli au Rwanda alors que les signes avant-coureurs étaient déjà présents ».
Il a notamment mis en garde contre la montée de la xénophobie, des discours haineux et la remise en cause des règles internationales, qui menacent la paix mondiale, appelant à une action coordonnée entre l’ONU, les organisations régionales - Union africaine, CIRGL, IGAD, Communauté d’Afrique de l’Est, CEDEAO -, les institutions nationales, ainsi que la société civile, les médias, les jeunes et les leaders religieux.
« Le génocide contre les Tutsi a commencé par des mots, la diabolisation d’un groupe communautaire dans son ensemble. Il est impératif de mettre en place des mesures concrètes pour lutter contre les discours de haine, car, à leur forme la plus extrême, ils constituent à la fois un indicateur et un déclencheur du risque de génocide et d’autres crimes atroces », a-t-il affirmé.
La conférence a également souligné les risques persistants dans la région des Grands Lacs, en particulier en République démocratique du Congo.
Le général sénégalais Babacar Faye, ancien officier de l’UNAMIR, a comparé la situation actuelle dans l’est de la RDC à celle du Rwanda avant le génocide, mettant en évidence le ciblage ethnique, l’activité des milices et l’insuffisance de l’intervention internationale.
L’avocat Innocent Nteziryayo, ainsi que d’autres experts, ont pour leur part évoqué les massacres de la communauté Banyamulenge en RDC, retraçant un schéma de discrimination et de violence qui perdure plusieurs décennies après le génocide rwandais. « L’idéologie génocidaire continue de se propager, et le silence de la communauté internationale risque de reproduire les échecs du passé », ont-ils averti.
« On rédige des rapports, mais ils restent souvent sans réaction », a affirmé Babacar Faye. « La communauté internationale disposait d’informations sur un génocide imminent, mais a manqué de volonté politique. Le génocide n’attend pas. L’impunité constitue le terreau du génocide. Les discours de haine doivent être sanctionnés. »
Les survivants et chercheurs présents ont insisté sur la nécessité de traduire les leçons du Rwanda en actions concrètes, afin de garantir la responsabilité des auteurs et la protection des communautés à risque.
Yolande Mukagasana, survivante et auteure, a rappelé des décennies de persécutions contre les Tutsi et dénoncé l’inaction de l’ONU : « L’ONU existait déjà en 1972, mais n’a pas agi. Aujourd’hui encore, des Tutsi sont tués et persécutés en RDC. Une action urgente est nécessaire. »
Chaloka Beyani a conclu son intervention par un appel à un engagement mondial soutenu : « Alors que nous nous souvenons des horreurs d’il y a 32 ans, redoublons d’efforts pour construire des sociétés résilientes en garantissant les droits et libertés fondamentaux. La meilleure manière d’honorer les victimes et les survivants du génocide contre les Tutsi de 1994 est de veiller à ce que personne d’autre ne subisse un crime aussi odieux. C’est à la fois un appel et une responsabilité pour nous tous. »














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