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Le Rwanda réaffirme sa confiance dans une médiation africaine

Redigé par IGIHE
Le 31 janvier 2026 à 07:34

Le Rwanda a réaffirmé sa ferme confiance dans les mécanismes africains de résolution des conflits pour mettre fin à la crise persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), appelant à un rôle central de l’Union africaine (UA) dans la phase de mise en œuvre des accords de paix déjà conclus.

Dans un entretien exclusif accordé vendredi à la ’Rwanda Broadcasting Agency’ (RBA), le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe, est revenu sur la récente visite à Kigali du médiateur principal de l’Union africaine pour le processus de paix dans l’est de la RDC, Faure Gnassingbé, président du Conseil de la République du Togo.

Le président togolais était accompagné d’un panel d’experts composé d’anciens chefs d’État africains : Olusegun Obasanjo (Nigeria), Sahle-Work Zewde (Éthiopie), Mokgweetsi Masisi (Botswana) et Catherine Samba-Panza (République centrafricaine). La délégation a été reçue par le Président Paul Kagame pour des échanges de haut niveau sur la stabilité régionale.

Selon le chef de la diplomatie rwandaise, cette visite faisait suite à une réunion de haut niveau tenue à Lomé, le 17 janvier 2026, à l’initiative du président Faure Gnassingbé.

Les participants, parmi lesquels figuraient des facilitateurs régionaux et des partenaires internationaux, se sont accordés sur la nécessité de « renforcer et consolider la médiation africaine » pour le conflit dans l’est de la RDC, tout en assurant la cohérence entre les efforts de l’Union africaine et les médiations déjà engagées par le Qatar et les États-Unis.

L’une des décisions majeures issues de cette rencontre a été l’organisation d’une tournée régionale du médiateur et des facilitateurs en RDC, au Rwanda, en Ouganda et au Burundi. La délégation est arrivée à Kigali en provenance de Kinshasa et devait poursuivre ses consultations à Bujumbura puis à Kampala.

L’ambassadeur Nduhungirehe a réitéré la préférence du Rwanda pour des solutions africaines dans la gestion du conflit à l’est de la RDC, rappelant le rôle du processus de Nairobi mené par l’EAC, qui avait permis un dialogue politique et le déploiement d’une force régionale ayant instauré un cessez-le-feu et favorisé des retraits du M23.

Il a également évoqué les discussions bilatérales Rwanda–RDC de 2024 portant sur les préoccupations sécuritaires communes, en particulier la menace des FDLR. Il a attribué l’échec de ces deux processus aux décisions du président congolais Félix Tshisekedi, notamment l’exclusion de l’AFC/M23, l’expulsion de la force régionale et le refus d’un dialogue pourtant acté par des accords antérieurs.

Le Rwanda a réaffirmé sa ferme confiance dans les mécanismes africains de résolution des conflits pour mettre fin à la crise persistante dans l’est de la RDC

« Ce que nous voulons, c’est la paix »

Revenant sur l’évolution du conflit après la chute de Goma et de Bukavu, le ministre Nduhungirehe a indiqué que les organisations régionales, notamment la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), avaient tenté de relancer leurs efforts, avant que des médiations extérieures, conduites par Washington et Doha, ne soient sollicitées.

« Le Rwanda a accepté ces médiations parce que ce que nous voulons, c’est la paix. Quel que soit le processus, quel que soit le forum, nous voulons la paix dans notre région », a-t-il souligné.

Le ministre s’est par ailleurs montré particulièrement optimiste quant au cadre actuellement piloté par l’Union africaine. « Nous avons réellement foi dans ce processus africain. Pour capitaliser sur les acquis diplomatiques de 2025, il est essentiel que l’Union africaine soit impliquée dans la mise en œuvre de l’accord qui a été signé », a-t-il déclaré.

Il a précisé que les accords conclus à Washington et à Doha ne sont plus renégociables. « Ils ont déjà été signés et approuvés. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de la phase de mise en œuvre, dans laquelle l’Union africaine jouera un rôle de premier plan », a-t-il insisté.

Sanctions et violations du cessez-le-feu

Interrogé sur les appels renouvelés des autorités congolaises en faveur de sanctions internationales contre le Rwanda, Olivier Nduhungirehe a estimé qu’ils traduisent un « manque de volonté politique ». Il a également dénoncé des violations répétées du cessez-le-feu, évoquant des frappes aériennes quotidiennes et des attaques de drones visant des zones civiles ainsi que des positions de l’AFC/M23.

Selon lui, ces actions constituent des violations à la fois de l’accord de Washington signé en juin 2025 et du cessez-le-feu conclu en avril 2025 entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Pour le ministre rwandais, tout progrès durable passe par un retour des parties prenantes vers des cadres africains et par l’application effective des engagements déjà signés.

Coordination sécuritaire avec l’AFC/M23

L’ambassadeur Nduhungirehe a par ailleurs confirmé l’existence d’une coordination sécuritaire entre le Rwanda et l’AFC/M23, corroborant une déclaration faite le 22 janvier 2026 par l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis.

« Oui, c’est vrai », a-t-il affirmé, précisant que cette coordination est strictement défensive et axée sur des intérêts communs face aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe génocidaire qui constitue une menace tant pour la sécurité du Rwanda que pour les communautés tutsi congolaises.

Il a souligné que cette coopération s’inscrit dans un contexte sécuritaire particulier, l’AFC/M23 contrôlant une grande partie de la frontière entre la RDC et le Rwanda.

Enfin, le ministre a tenu à distinguer cette dimension sécuritaire des revendications politiques de l’AFC/M23, qu’il a qualifiées de « questions internes congolaises ». Celles-ci, a-t-il rappelé, sont actuellement discutées à Doha entre le mouvement et le gouvernement de la RDC, tandis que l’engagement du Rwanda répond à des impératifs défensifs de longue date, liés aux attaques menées depuis le territoire congolais depuis l’après-génocide.

Les médiateurs nommés par l’Union africaine pour la crise dans l’est de la RDC ont été reçus par le Président Kagame pour des discussions de haut niveau sur la stabilité régionale

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