Modeste Bahati Lukwebo ou l’indésirable d’un pouvoir sans mémoire

Redigé par Tite Gatabazi
Le 20 mars 2026 à 09:21

L’itinéraire politique de Modeste Bahati Lukwebo au sein de la majorité gravitant autour de Félix Tshisekedi offre l’illustration saisissante d’une loyauté sans réciprocité, où la fidélité la plus éprouvée se heurte à l’ingratitude la plus méthodique.

Celui à qui l’on avait un temps laissé entrevoir les fastes et l’autorité inhérents à la présidence du Sénat se vit, en définitive, dépossédé de cette dignité éminente, relégué à la fonction subalterne de deuxième vice-président, une rétrogradation à peine voilée, qu’il consentit néanmoins à endurer, dans un silence aussi pesant qu’éloquent.

Car c’est bien dans cette retenue prolongée que s’exprima, durant de longs mois, un désaveu implicite. Modeste Bahati Lukwebo, loin des éclats publics, sembla choisir la discipline partisane, avalant sans fracas les humiliations successives, comme autant de concessions exigées par les arcanes d’un pouvoir dont il espérait encore la reconnaissance. Mais ce mutisme, interprété au sommet de l’État comme une docilité acquise, ne résista pas à l’épreuve de la parole.

Lorsqu’enfin il rompit le silence, ce ne fut point pour fomenter la dissidence, mais pour rappeler, avec une sobriété cinglante, une évidence institutionnelle : « la République démocratique du Congo ne souffre pas tant d’un déficit de textes que d’un déficit d’hommes ».

Par cette formule, il désignait moins une crise normative qu’une faillite morale et politique, une défaillance des élites dans leur rapport à la Constitution et à l’État de droit. Une vérité d’apparence anodine, mais dont la portée, en ces sphères de pouvoir hypersensibles, fut aussitôt perçue comme une audace inacceptable, sinon comme un véritable crime de lèse-majesté.

Dès lors, la mécanique d’éviction s’enclencha avec une célérité révélatrice. Pris dans l’étau d’une pétition sénatoriale qui menaçait de formaliser sa disgrâce, Modeste Bahati Lukwebo choisit de devancer l’inéluctable en présentant sa démission, le 18 mars, de ses fonctions de deuxième vice-président du Sénat.

Ses excuses, pourtant formulées dans un souci manifeste d’apaisement, ne trouvèrent aucun écho ; ses professions de loyauté, quant à elles, se dissipèrent dans l’indifférence générale, comme si le verdict politique avait été scellé bien en amont.

Cet épisode, au-delà du cas individuel qu’il incarne, révèle une pathologie plus profonde du système politique congolais : celle d’un pouvoir peu enclin à tolérer la moindre inflexion critique, fût-elle exprimée dans les termes les plus mesurés. Dans un tel contexte, la parole devient périlleuse, et la loyauté elle-même ne garantit plus ni protection ni reconnaissance.

Ainsi, l’« Union sacrée », jadis proclamée comme le socle d’une recomposition politique ambitieuse, apparaît désormais comme une structure vidée de sa substance, une coquille institutionnelle dont les promesses initiales se sont dissoutes dans les logiques de mise à l’écart et de discipline autoritaire.

Le destin de Modeste Bahati Lukwebo en constitue l’un des symptômes les plus éloquents : celui d’un homme passé, en silence, de l’espérance à l’effacement.

Le parcours de Modeste Bahati Lukwebo illustre une loyauté non récompensée : pressenti pour la présidence du Sénat, il a finalement été relégué au poste de deuxième vice-président

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