Tshisekedi entre simulacre et survie politique

Redigé par Tite Gatabazi
Le 9 janvier 2026 à 01:01

Les récentes propositions du président Félix Tshisekedi à son homologue angolais João Lourenço traduisent une conception singulière du dialogue inclusif en République démocratique du Congo.

A première vue, elles pourraient paraître le fruit d’une volonté de pacification et de réconciliation nationale. Toutefois, une analyse attentive révèle que ces initiatives sont calibrées non pour instaurer une paix durable, mais pour consolider la survie politique d’un pouvoir ébranlé et instable.

Le médiateur choisi pour ce processus, l’Angola, ne répond qu’aux desiderata de Tshisekedi, tandis que le lieu de rencontre demeure Kinshasa, siège symbolique et pratique du pouvoir central.

La CENCO et l’ECC, traditionnellement garants d’un dialogue inclusif crédible, se voient relégués au rôle de simples participants, dénués de toute prérogative organisationnelle. Ainsi, la forme du dialogue est préservée, mais le fond, l’équité, la représentativité et l’impartialité est délibérément sacrifié.

Par ailleurs, la question du cessez-le-feu met en lumière le double standard de la diplomatie présidentielle. Il incombe à Tshisekedi de procéder à l’évaluation d’un cessez-le-feu proclamé par l’AFC/M23, alors même que tous les accords antérieurs, celui de Doha et tous ceux exigés par la communauté internationale, y compris la responsable des renseignements américains ont été systématiquement violés par le pouvoir congolais.

Cette instrumentalisation de la parole et du droit révèle la priorité donnée à l’apparence d’un engagement pacifique plutôt qu’à sa mise en œuvre effective.

Un dialogue au service du pouvoir plutôt que de la paix

La prétendue libération de prisonniers, décidée au cas par cas, illustre encore cette logique perverse. Depuis l’accord de principe de Doha, les droits fondamentaux de ces détenus restent bafoués, leurs souffrances et les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont maintenus demeurent indifférentes aux yeux du président.

Ce cynisme est symptomatique d’une stratégie plus large : un dialogue «  inclusif  » qui n’inclut réellement que ce qui sert à maintenir le pouvoir.

La purge ne se limite pas aux seuls militaires. Si Tshisekedi dénonce à l’Angolais la trahison supposée de certains officiers des FARDC, il omet de reconnaître que cette logique de répression s’étend également aux proches, réels ou supposés de l’ancien président Joseph Kabila.

Arrestations, intimidations et persécutions s’érigent en instruments d’une politique de contrôle qui se prétend régulatrice, mais n’est en réalité qu’une manifestation de l’instabilité et de la fragilité du pouvoir.

Au cœur de ce processus se trouve une contradiction fondamentale : la nécessité affichée d’un dialogue inclusif pour résoudre le conflit dans l’Est du pays se heurte à son sabotage systématique.

En refusant d’analyser les causes profondes et structurelles des crises récurrentes, Tshisekedi transforme le dialogue en simple perfusion politique, destinée à maintenir un pouvoir vacillant et à masquer les insuffisances d’une gouvernance défaillante.

Loin d’être un instrument de réconciliation, ce processus devient un outil de manipulation et de prolongation artificielle d’une autorité fragilisée.

Ainsi, le dialogue de Tshisekedi illustre la fragilité institutionnelle et morale de la République démocratique du Congo. Entre simulacre et manipulation, entre promesse de paix et sauvegarde du pouvoir, il révèle la difficulté de construire une véritable stabilité dans un contexte où les logiques personnelles l’emportent sur les impératifs collectifs.

Les récentes propositions du président Félix Tshisekedi à son homologue angolais João Lourenço traduisent une conception singulière du dialogue inclusif

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