Pourtant, il arrive que cette construction narrative se fissure sous le poids de ses propres contradictions. C’est précisément ce qui semble se produire à la suite de l’attaque de drone qui a frappé la ville de Goma.
Le coordonnateur politique de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars, Corneille Nangaa, a livré une observation lourde de sous-entendus : selon lui, dès les premières heures ayant suivi l’attaque, de nombreux soutiens politiques du régime de Kinshasa actifs sur les réseaux sociaux se seraient empressés de revendiquer l’opération.
Ce n’est que par la suite, lorsque l’ampleur internationale du drame humain et matériel est apparue que ces mêmes voix auraient soudainement infléchi leur discours, allant jusqu’à renier ce qu’elles avaient auparavant revendiqué avec emphase.
Si cette observation devait se confirmer, elle révélerait une pratique désormais bien connue des observateurs de la vie politique congolaise : celle d’une parole officielle mouvante, oscillant au gré des circonstances entre affirmation péremptoire et dénégation prudente.
Le désordre des voix du pouvoir
Cette impression de flottement narratif se trouve d’ailleurs renforcée par les contradictions apparues au sein même des cercles proches du pouvoir. D’un côté, les déclarations de Willy Mishiki, parlementaire réputé proche du président Félix Tshisekedi et figure influente parmi les milices dites Wazalendo, ont publiquement revendiqué l’attaque sur une chaîne internationale.
De l’autre, le discours officiel relayé par Patrick Muyaya s’inscrit dans une ligne radicalement différente, cherchant à dissocier les autorités congolaises de toute responsabilité directe.
Ainsi se dessine une scène politique où plusieurs voix issues d’un même camp semblent se contredire ouvertement. L’une assume, l’autre nie ; l’une revendique, l’autre corrige. Cette dissonance n’est pas seulement une maladresse communicationnelle : elle nourrit un trouble profond quant à la cohérence de la parole étatique.
Dans les relations internationales comme dans la conduite d’une guerre, la crédibilité d’un pouvoir repose en grande partie sur la constance de son discours. Lorsque celui-ci oscille entre proclamation et rétractation, entre affirmation et démenti, il finit par engendrer une méfiance généralisée.
L’opinion publique, nationale comme étrangère, se trouve alors confrontée à un spectacle politique déroutant : celui d’un pouvoir qui semble dire une chose et son contraire, soutenir puis renier, affirmer avant de se rétracter.
Et dans un contexte déjà saturé de tensions militaires et diplomatiques, cette cacophonie communicationnelle risque d’avoir des effets bien plus durables que les polémiques passagères des réseaux sociaux : elle fragilise la crédibilité de la parole publique elle-même, ce capital immatériel dont dépend, en dernière analyse, l’autorité d’un État.














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