A peine la remise officielle de la ville à la communauté internationale actée, après le retrait des forces et des observateurs de l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23), un pillage massif et systématique s’est déclenché, revendiqué par les éléments Wazalendo, bientôt relayés par des civils livrés à eux-mêmes.
Les symboles mêmes de l’État ont été profanés : portes arrachées, chaises et tables de bureau emportées, le palais de justice d’Uvira a été méthodiquement dépouillé, comme si la loi elle-même avait cessé d’exister.
Cette déferlante prédatrice révèle une vérité plus crue encore : dans un contexte d’effondrement de l’autorité, la frontière entre le combattant, le civil et le pillard s’est dissoute. Chacun semble n’attendre que l’instant propice pour s’approprier, sans honte ni retenue, ce qui ne lui appartient pas. Le port public de Kalundu, pilier économique local, n’a pas été épargné : pillé, saccagé, détruit, il incarne désormais l’ampleur des dégâts matériels infligés à une ville déjà meurtrie.
Sur le plan humain, la violence a franchi un seuil supplémentaire. Un motard a été froidement assassiné à la sortie d’Uvira, accusé sans procès d’avoir collaboré avec l’AFC/M23. Ailleurs, dans le territoire de Fizi, les milices Maï-Maï de Yakutumba se sont affrontées à celles de Mtetezi Bolingo, soupçonnées d’être des alliés dissimulés de l’AFC/M23, illustrant la fragmentation extrême du champ armé et la logique paranoïaque de la guerre totale.
Dans la ville même d’Uvira, la population, terrorisée par la perspective de représailles, a réservé un accueil glacial, distant et contraint aux Wazalendo, aux FDLR et aux FARDC.
Quelques combattants, visiblement épuisés par le poids d’une guerre interminable, ont été aperçus errant faiblement dans les rues, annonçant un séjour bref mais lourd de conséquences, marqué par des bavures, des règlements de comptes et une violence incontrôlée.
De la prophétie du désordre à l’échec politique : quand la peur devient système
Ce qui se déroule à Uvira n’est pas un simple épisode de violence conjoncturelle ; c’est l’illustration éclatante d’un effondrement politique et moral. Le chaos observé était non seulement prévisible, mais annoncé. Il procède d’un enchaînement mécanique : retrait précipité, absence de dispositif de protection crédible des civils, prolifération d’acteurs armés rivaux et instrumentalisation de la peur comme mode de gouvernance.
Les règlements de comptes, les pillages de biens publics et privés, les chasses à l’homme, les assassinats ciblés et les déplacements forcés notamment à l’encontre de la communauté tutsi Banyamulenge traduisent une logique d’épuration diffuse, rendue possible par l’impunité et l’effacement de toute chaîne de commandement claire.
Uvira devient ainsi le laboratoire tragique d’un État qui abdique sa fonction première : protéger les personnes et leurs biens.
Dans ce contexte, la question centrale s’impose avec brutalité : qui est réellement en mesure de sécuriser les populations et de garantir l’intégrité de leurs biens ? Les images qui circulent à travers le monde ne laissent guère de place à l’ambiguïté. Elles constituent une mise en accusation silencieuse mais implacable de ceux qui prétendent incarner l’ordre, tout en laissant prospérer l’anomie.
C’est précisément cette lecture que résume, avec une lucidité glaçante, la déclaration suivante de Corneille Nangaa, que nous reproduisons ici dans son intégralité :
« UVIRA – Retrait de bonne foi de l’AFC_M23 ! Ce que nous redoutions est désormais réalité : règlements de compte, pillages des biens publics et privés, chasse à l’homme, tueries ciblées, déplacements forcés de la communauté Tutsi Banyamulenge et autres… Le chaos était prévisible et tout le monde était pourtant prévenu. »
Cette citation agit comme un acte d’accusation historique. Elle ne se contente pas de constater les faits ; elle souligne la responsabilité collective d’un système qui, informé des risques, a choisi de les ignorer.
A Uvira, la violence n’est pas seulement le fait des armes : elle est le produit d’une faillite politique, d’une gouvernance par défaut et d’une indifférence coupable face aux avertissements répétés.
Ainsi, Uvira s’inscrit désormais dans la longue litanie des villes sacrifiées, où l’abandon de l’État ouvre la voie à la loi du plus fort, et où la population, prise en otage, devient la première victime d’un chaos méthodiquement annoncé.














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