L’heure suspendue à Kinshasa

Redigé par Tite Gatabazi
Le 12 janvier 2026 à 04:05

Quelque chose se trame, indéniablement. L’air est saturé d’une tension muette, le ciel politique s’alourdit de signes avant-coureurs, et le silence, loin d’être vide, devient langage.

Rien n’est encore formulé, rien n’est officiellement acté, mais tout indique qu’un moment décisif approche.

Les capitales s’observent, les chancelleries murmurent et l’on se contente, pour l’instant, de guetter l’instant où l’ombre cessera d’être intuition pour devenir réalité tangible.

Entre Kinshasa et Luanda, les allers-retours du président Félix Tshisekedi se multiplient avec une insistance qui ne trompe personne. Ces déplacements répétés ne relèvent ni du protocole ordinaire ni de la simple courtoisie diplomatique.

Ils signalent une fébrilité stratégique, une quête d’issue dans un contexte où les marges de manœuvre se rétrécissent dangereusement. L’Angola, désormais positionné comme point de passage obligé, incarne à la fois l’espoir d’un déblocage et le miroir impitoyable des hésitations congolaises.

À Luanda, on écoute plus qu’on ne parle. On jauge, on soupèse, on exige des garanties là où Kinshasa a trop souvent offert des promesses. Car la diplomatie angolaise, aguerrie par des décennies de conflits et de médiations, sait que les processus précipités sont les plus fragiles et que les accords non mûris portent en eux les germes de leur propre effondrement.

Ce que recherche Luanda n’est pas l’agitation, mais la cohérence ; non l’annonce spectaculaire, mais la solidité d’un chemin.

La tentation de la précipitation

À Kinshasa, en revanche, le temps semble presser. Le pouvoir donne l’impression d’être pris entre l’urgence politique interne et la pression diplomatique externe, oscillant entre volonté de montrer l’initiative et crainte de perdre la maîtrise du calendrier. D’où cette impression diffuse de brouhaha feutré : des apartés, des confidences distillées à demi-mot, des signaux envoyés sans être assumés. Rien n’est clair, sinon l’absence de visibilité sur la direction réellement empruntée.

La question centrale demeure alors entière, presque lancinante : ce qui se prépare est-il suffisamment pensé, analysé, concerté ? A-t-on enfin tiré les leçons des échecs successifs, des dialogues avortés, des processus lancés dans la précipitation avant d’être abandonnés dans le déni ou la rhétorique politicienne ?

Ou assiste-t-on, une fois encore, à la reproduction d’un schéma bien connu, où l’empressement tient lieu de stratégie et où l’annonce remplace la décision structurée ?

Les allers-retours incessants du président Tshisekedi vers Luanda trahissent moins une assurance qu’une incertitude profonde. Ils révèlent un pouvoir en quête de validation extérieure, conscient que toute initiative désormais dépourvue de l’onction régionale risquerait de s’effondrer dès sa proclamation.

Mais la diplomatie ne se contente pas de gestes répétés ; elle exige une vision claire, des engagements tenables et une volonté politique constante.

Ainsi, le pays retient son souffle. On attend, on espère, mais l’attente est mêlée de crainte. Car si ce moment devait accoucher d’un nouveau processus mal préparé, il ne ferait qu’aggraver la défiance, approfondir les fractures et prolonger l’instabilité.

À l’inverse, si la gravité de l’heure est enfin comprise, si le temps long de la maturation l’emporte sur l’ivresse de l’urgence, alors peut-être et seulement peut-être, cette séquence entre Kinshasa et Luanda marquera un tournant réel.

D’ici là, le silence continue de parler, et chacun observe, conscient que l’instant qui vient pourrait sceller bien plus qu’un simple épisode diplomatique.

Entre Kinshasa et Luanda, les allers-retours du président Félix Tshisekedi se multiplient avec une insistance qui ne trompe personne

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