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Le Rwanda mise sur le nucléaire pour produire jusqu’à 1,5 gigawatt d’électricité d’ici 2050

Redigé par IGIHE
Le 19 mai 2026 à 10:48

Le Rwanda accélère ses ambitions dans le domaine de l’énergie nucléaire avec l’objectif de produire jusqu’à 1,5 gigawatt d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2050, dans le cadre de sa stratégie de développement à long terme.

Cette orientation intervient alors que le pays cherche à renforcer considérablement sa capacité de production électrique, le gouvernement rwandais estimant que la demande nationale pourrait dépasser les 5 000 mégawatts dans les prochaines décennies, contre environ 406 mégawatts actuellement disponibles.

Pour répondre à cette hausse attendue de la consommation énergétique, Kigali a choisi de se tourner vers la technologie des petits réacteurs modulaires (SMR), considérée comme plus adaptée aux réalités du pays que les centrales nucléaires conventionnelles de grande taille.

Le Président Paul Kagame avait d’ailleurs présenté l’énergie nucléaire comme un pilier stratégique du développement industriel du Rwanda lors du Sommet sur l’énergie nucléaire tenu à Paris, en France, en mars dernier.

« Nous avons décidé de faire du nucléaire un élément central de notre stratégie », avait déclaré le Président Kagame. « Cela permettra de diversifier notre mix énergétique tout en assurant la stabilité nécessaire à la croissance industrielle et à la transformation à long terme. »

Cette vision est au cœur de la deuxième édition du Sommet sur l’innovation en énergie nucléaire en Afrique (NEISA 2026), organisée au Kigali Convention Centre.

L’événement réunit plusieurs dirigeants africains, notamment la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan et le président togolais Faure Gnassingbé, ainsi que des responsables du secteur nucléaire mondial, dont Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Contrairement aux barrages hydroélectriques ou aux centrales fonctionnant aux combustibles fossiles, les réacteurs nucléaires nécessitent relativement peu de combustible pour produire d’importantes quantités d’électricité. L’uranium utilisé dans les centrales nucléaires libère de la chaleur grâce au processus de fission nucléaire, durant lequel les noyaux atomiques se divisent. Cette chaleur permet ensuite de produire de la vapeur qui actionne des turbines génératrices d’électricité.

Selon des experts du secteur énergétique, un seul gramme d’uranium peut produire suffisamment d’énergie pour générer un mégawatt d’électricité par jour, soit l’équivalent énergétique de trois tonnes de charbon.

Pourquoi Kigali a choisi les petits réacteurs modulaires

Le Rwanda a commencé à étudier la faisabilité de l’énergie nucléaire en 2017. Les premières analyses ont montré que la construction d’une grande centrale nucléaire conventionnelle serait difficile en raison de la superficie limitée du pays et des contraintes liées aux infrastructures.

Les autorités ont notamment estimé qu’un réacteur classique de 1 000 mégawatts dépasserait la capacité d’absorption du réseau électrique rwandais actuel. En outre, les grandes installations nucléaires exigent généralement de vastes zones d’exclusion pouvant atteindre 40 kilomètres autour des sites pour des raisons de sécurité, une exigence difficile à satisfaire dans un pays densément peuplé comme le Rwanda.

Face à ces contraintes, le gouvernement s’est orienté vers les petits réacteurs modulaires (SMR), une technologie nucléaire de nouvelle génération conçue pour fonctionner sur une surface plus réduite tout en maintenant une capacité importante de production électrique.

Les SMR nécessitent généralement moins d’espace - parfois environ 20 hectares - et intègrent des systèmes de sécurité passifs capables d’arrêter automatiquement les réacteurs en cas de défaillance technique.

Des partenariats internationaux pour soutenir le programme

Le Rwanda a déjà engagé plusieurs partenariats internationaux afin d’accompagner ses ambitions nucléaires.

En 2018, Kigali a lancé une coopération avec la Russie portant sur la création d’un centre de recherche nucléaire susceptible, à terme, de soutenir la production nationale d’énergie nucléaire.

En août 2024, le Rwanda a signé un accord de coopération avec l’entreprise Nano Nuclear Energy Inc afin de collaborer sur des technologies nucléaires avancées destinées à la production d’électricité.

Le gouvernement avait également conclu auparavant un accord avec Dual Fluid Energy Inc pour tester des technologies de réacteurs nucléaires susceptibles d’être déployées au Rwanda.

L’objectif global est que l’énergie nucléaire couvre environ 1,5 gigawatt sur les 5 gigawatts de demande électrique projetés à l’horizon 2050.

Des études de sécurité toujours en cours

Les autorités rwandaises ont déjà identifié des sites préliminaires pouvant accueillir de futures installations nucléaires sur la base de critères géographiques visibles. Toutefois, des études scientifiques approfondies sont toujours en cours afin de vérifier leur conformité aux normes internationales de sécurité.

Parmi les principaux critères évalués figurent la stabilité sismique, la disponibilité des ressources en eau et la densité de population. Les installations nucléaires nécessitent des sources d’eau fiables pour le refroidissement et la production de vapeur, et sont généralement implantées loin des zones fortement peuplées afin de réduire les risques potentiels.

Un projet estimé à plusieurs milliards de dollars

Le programme nucléaire rwandais devrait nécessiter des investissements considérables.

Même si les coûts définitifs de construction n’ont pas encore été arrêtés, le Rwanda estime que chaque mégawatt de capacité nucléaire pourrait coûter environ 4 millions de dollars.

Sur cette base, atteindre l’objectif de 1 500 mégawatts d’électricité nucléaire pourrait nécessiter des investissements avoisinant les 6 milliards de dollars, bien que les autorités précisent que cette estimation reste préliminaire.

Parallèlement, le Rwanda investit dans la formation des ressources humaines nécessaires au développement du secteur.

En 2024, plus de 200 étudiants rwandais auraient été sélectionnés pour poursuivre des formations à l’étranger dans les domaines des sciences et de l’ingénierie nucléaires. Cette initiative vise à constituer un vivier national de spécialistes capables d’exploiter et d’assurer la maintenance des futures installations nucléaires.

Les premiers projets prévoyaient initialement le déploiement d’un seul module SMR capable de produire environ 200 mégawatts d’électricité. Les projections actuelles envisagent toutefois quatre modules de ce type, chacun devant produire environ 200 mégawatts.

Cette expansion devrait entraîner une hausse importante des besoins en personnel qualifié, les estimations indiquant que plus de 400 experts supplémentaires seront nécessaires à mesure que le secteur se développera.

Les autorités affirment enfin que d’autres modules de réacteurs pourraient être introduits progressivement au fur et à mesure de l’augmentation des besoins énergétiques du pays.

Le Rwanda accélère ses ambitions dans le domaine de l’énergie nucléaire avec l’objectif de produire jusqu’à 1,5 gigawatt d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2050

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