Le silence du pouvoir face à l’horreur ou une défaillance aux accents coupables

Redigé par Tite Gatabazi
Le 6 avril 2026 à 07:05

L’actualité tragique de l’Ituri vient, une fois encore, rappeler avec une brutalité insoutenable l’ampleur du drame sécuritaire qui gangrène l’Est de la République démocratique du Congo.

Le massacre d’une soixantaine de civils attribué aux ADF, organisation unanimement reconnue comme l’une des plus criminelles opérant sur le territoire congolais, n’est pas seulement un épisode supplémentaire d’une longue série de violences : il constitue un seuil moral supplémentaire dans l’effondrement du devoir de protection qui incombe à tout État.

Or, au lendemain de ces atrocités, un fait retient particulièrement l’attention : le silence persistant du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Ce mutisme, loin d’être anodin, interroge. Il contraste singulièrement avec la prolixité coutumière d’une communication officielle souvent prompte à s’emparer de l’actualité pour en infléchir la perception.

Mais ici, face à l’indicible, les éléments de langage semblent se dérober, comme si la gravité des faits rendait inopérantes les rhétoriques habituelles.

Car il faut bien le dire : les formules convenues, parfois teintées d’approximations et d’accents polémiques, ne sauraient contenir la réalité nue d’un massacre de civils. Elles échouent à masquer ce qui apparaît de plus en plus clairement aux yeux des populations : une incapacité persistante à assurer leur sécurité, voire, dans certaines perceptions, une indifférence qui confine à l’abandon.

Ce silence devient alors, paradoxalement, une parole en creux celle d’un pouvoir démuni face à ses propres insuffisances. Il révèle une vérité plus profonde : l’écart grandissant entre les discours officiels et la réalité vécue par les habitants de l’Ituri, laissés à la merci de violences répétées.

De la carence de l’État à la question de la responsabilité

Au-delà de l’émotion légitime suscitée par ces événements, se pose désormais une question autrement plus grave : celle de la responsabilité. Car un État qui, de manière récurrente, échoue à protéger ses citoyens contre des groupes armés identifiés ne peut indéfiniment se retrancher derrière les aléas de la guerre asymétrique ou la complexité des terrains d’opération.

Lorsque l’abandon devient structurel, lorsqu’il s’inscrit dans la durée au point de paraître presque normalisé, il cesse d’être une simple défaillance pour s’apparenter à une faute politique majeure.

Et lorsque, à cette défaillance, s’ajoute le silence ou l’insuffisance des réponses institutionnelles, la question d’une responsabilité y compris pénale ne peut plus être éludée, qu’on le veuille ou non.

L’interpellation de l’opposition, dans ce contexte, ne relève donc pas seulement de la joute politique : elle participe d’une exigence démocratique fondamentale, celle de rendre des comptes.

Car gouverner ne consiste pas seulement à administrer ou à communiquer ; cela implique, avant tout, d’assurer la sécurité des populations et de répondre, avec gravité et transparence, lorsque cette mission essentielle échoue.

Ainsi, l’Ituri, une fois encore endeuillée, devient le miroir implacable des insuffisances étatiques. Et face à ce miroir, le pouvoir congolais est désormais sommé de choisir : persister dans le déni et la rhétorique, ou affronter, avec courage et responsabilité, la réalité de ses manquements.

Car l’histoire enseigne une leçon constante : les peuples peuvent endurer longtemps l’épreuve, mais ils n’acceptent jamais indéfiniment le silence face à leur souffrance.

Le massacre d’une soixantaine de civils en Ituri par les ADF illustre, une fois de plus, l’ampleur de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et l’effondrement du devoir de protection de l’État

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