Question au gouvernement sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsi,
Assemblée nationale - 5 juin 2018
Hubert-Julien Laferrière, député LREM : [...] Vous connaissez, Madame la Ministre, nous connaissons tous, les accusations qui sont tenues à l’encontre de la France et de ses armées depuis le génocide des Tutsi. C’est pourquoi, d’ailleurs, lors de leur rencontre, les deux chefs d’Etat ont évoqué la création d’une commission composée d’historiens rwandais et français. Il est dans l’intérêt de tous que cette commission puisse travailler dans de bonnes conditions grâce au processus d’ouverture des archives qui doit continuer, comme l’ont également souhaité les deux chefs d’Etat. Parce que, mes chers collègues, le travail de mémoire, comme la lutte contre l’impunité, sont indispensables pour prévenir de tels drames. Alors, Madame la Ministre, pouvez - vous nous en dire plus sur le contenu du processus d’ouverture des archives, indiquer quelles sont les ambitions de la France pour rétablir des relations franco-rwandaises apaisées. Je vous remercie.

Florence Parly, ministre de la défense : [...] « certains tentent de réécrire l’Histoire et tiennent des propos inacceptables et souvent vendeurs. Je veux dire ici très clairement que je ne laisserai pas entacher l’honneur de nos armées et que je serai toujours là pour le défendre » [...]
Il est à noter que ces propos faussement impartiaux ont été très soutenus dans l’hémicycle. Il est donc clair que les choses ne sont pas près d’évoluer en France et que d’une certaine manière la classe politique, comme dans l’ancien temps, reste soumise aux exigences de blanchiment des dirigeants militaires et ne connaît absolument rien de l’implication française dans le génocide des Tutsi. Veulent-ils savoir ? Jusqu’où ira la servilité devant des actes inacceptables demandés aux armées par des responsables politiques, habilement briefés en retour parfois par les dirigeants militaires, actes qui auraient dû être désapprouvés par des militaires ayant le sens de l’honneur, ce qui fut fait à l’époque en mode mineur par quelques rares d’entre eux.
L’un de leurs responsables, ancien chef d’état-major particulier du président de la République de l’époque, eut le cynisme de déclarer, en accusant le commandant canadien de la force des Nations-unies : "Dans certains cas, l’honneur d’un militaire c’est de savoir désobéir". Dans ce contexte cette phrase fut doublement déshonorante pour son auteur. Elle servit en effet à insulter un des rares militaires qui a tout fait pour faire entendre raison aux Nations unies, bloquées par le droit de veto des cinq membres permanents du conseil de sécurité, en particulier de la France, et elle fut dite par quelqu’un qui n’a pas désobéi à cette stratégie complice des génocidaires, mais a contribué à la concevoir. Incohérent !

Madame Parly vos propos sont politiquement vendeurs en France. Ils manquent clairement de courage. Ils sont inaudibles par les rescapés du génocide des Tutsi, témoins oculaires des relations étroites entre l’armée française et l’armée rwandaise, et même de futurs miliciens, dans un contexte, 1990-1993, où l’appel aux massacres de Tutsi ne cessait de se préciser et envahissait petit à petit toutes les consciences, futures victimes comme futurs bourreaux. Les rescapés sont toujours oubliés dans ces considérations de petits arrangements franco-français, mesquins et indignes face à la dimension hautement criminelle d’un génocide.
Comment se fait-il que vous ne le mesurez pas ?
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