Loin d’ouvrir un espace d’échange véritable, son discours a refermé la porte avec une netteté presque brutale, posant des conditions si restrictives qu’elles rendent illusoire toute perspective de concertation inclusive et crédible.
Le président a ainsi pris le contre-pied de l’ensemble des forces politiques et sociales qui appellent à un dialogue ouvert et multipartite. Il a exclu de manière explicite toute médiation extérieure, qu’il s’agisse de la CENCO, de l’Angola ou de l’Union africaine, acteurs historiquement investis dans la facilitation des processus de négociation en RDC.
Selon Tshisekedi, le dialogue ne peut être qu’une initiative strictement nationale, pilotée depuis Kinshasa, sous son autorité directe, et sans jamais remettre en cause ni sa légitimité personnelle ni celle des institutions issues des élections contestées de décembre 2023. La logique est implacable : adhérer à ces conditions ou se retirer ; toute contestation est proscrite.
Cette posture traduit une conception de la politique où l’inclusion est subordonnée à la loyauté, où la concertation devient un instrument de contrôle plutôt qu’un mécanisme de résolution des conflits.
L’opposition armée et tous ceux que le pouvoir stigmatise comme « traîtres » une catégorie volontairement floue permettant de baliser arbitrairement le champ des interlocuteurs se voient écartés d’office. Ce choix n’est pas une simple stratégie tactique : il s’agit d’une mise au pas idéologique, d’une négation de la pluralité politique et d’une exclusion systématique de toute voix potentiellement dissonante.
Le discours présidentiel s’érige en déclaration de vérité : nul dialogue national ne pourra se concevoir en dehors de ce cadre strictement défini. Même si un processus venait à être organisé, il serait soigneusement filtré, débarrassé de toute dissidence et de toute critique.
Ainsi, le masque tombe : la figure présidentielle se révèle dans sa dimension autoritaire et monopolistique, posant les règles et fixant d’avance les exclusions, tandis que les acteurs extérieurs et internes sont relégués à l’état de spectateurs impuissants.
Tshisekedi a toutefois précisé les lignes directrices de son cadre :
« Si ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national, et serait conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des règles démocratiques qui fondent notre pacte national. »
« Cependant, je le dis avec la même clarté : ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies. »
« Comme je l’ai dit lors de mon dernier discours sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en congrès, la justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression. »
Cette rhétorique, qui se pare de rigueur constitutionnelle et de respect des obligations internationales, masque en réalité une stratégie d’exclusion et de contrôle. Le dialogue, dans cette conception, n’est plus un instrument de pacification ou de construction collective, mais un outil de consolidation du pouvoir, où la dissidence est proscrite et où les marges de manœuvre des acteurs politiques et sociaux sont réduites à néant.
En définitive, ce discours révèle une vérité dérangeante : le pouvoir congolais entend maîtriser non seulement le calendrier, mais aussi le contenu et la composition du dialogue, imposant une vision unilatérale qui marginalise systématiquement les voix critiques.
Cette posture ne traduit pas seulement une stratégie de défense de la légitimité institutionnelle ; elle illustre, de manière exemplaire, la tension fondamentale entre autoritarisme et démocratie, entre contrôle centralisé et inclusion nationale.
A Kinshasa, les masques sont tombés : la concertation politique, telle que conçue par le président, est désormais un exercice d’autorité plutôt que de dialogue.













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