Ce qui s’est produit au sein de l’Union africaine relève de cette catégorie rare d’événements où l’erreur individuelle se mue en crise collective et où l’imprudence d’un seul homme suffit à ébranler la crédibilité d’un édifice continental patiemment construit.
En l’espèce, la séquence orchestrée par Evariste Ndayishimiye, en sa qualité de président en exercice de l’Union, constitue moins une simple maladresse protocolaire qu’une entorse manifeste aux principes cardinaux de gouvernance qui régissent l’organisation.
Il ne s’agit point ici d’un désaccord de fond quant à une candidature, celle de Macky Sall, mais bien d’un rejet sans équivoque d’une méthode, d’une procédure et, osons le dire, d’une conception pour le moins préoccupante de l’autorité.
Dès l’origine, l’initiative portait en elle les germes de sa propre disqualification. Qu’un État, fût-il dépositaire de la présidence tournante, s’arroge le droit de parler au nom de l’ensemble du continent sans la moindre consultation préalable des chefs d’État et de gouvernement constitue une violation flagrante de l’esprit collégial qui fonde l’Union africaine.
La lettre adressée unilatéralement aux instances des Nations Unies, engageant de facto l’Afrique dans une démarche d’une telle gravité diplomatique, n’était pas seulement inopportune : elle était institutionnellement irrecevable.
Mais le plus accablant demeure sans doute la tentative subséquente d’imposer, par le truchement d’une procédure de « silence » précipitée et dévoyée, une validation tacite de ce qui n’aurait jamais dû être entrepris. Réduire à vingt-quatre heures la réflexion de tout un continent sur une question d’une telle portée revient à nier, avec une désinvolture confondante, la souveraineté collective des États membres et le principe même de délibération éclairée. Ce procédé, qui confine à l’injonction autoritaire, ne pouvait qu’appeler une réponse à la hauteur de l’affront.
Et cette réponse fut cinglante.
En rompant le silence, une vingtaine d’États membres ont opposé à cette dérive un refus net, sans appel, et d’une rare solennité politique. Ce faisant, ils n’ont pas rejeté une candidature ; ils ont infligé un désaveu sanglant à une pratique jugée inacceptable, rappelant avec fermeté que l’Union africaine ne saurait être l’instrument des initiatives solitaires, encore moins le théâtre d’expérimentations procédurales hasardeuses. Ils ont, en un mot, réaffirmé la primauté de l’État de droit sur les velléités d’appropriation personnelle du pouvoir institutionnel.
Ce camouflet, d’une intensité peu commune dans les annales récentes de l’organisation, laisse désormais une empreinte durable. Il entache non seulement la présidence en exercice, mais projette, au-delà, une ombre sur la capacité de l’Union à parler d’une seule voix sur la scène internationale. Car si la légitimité d’une organisation se mesure à la rigueur de ses procédures, elle se juge aussi à l’exemplarité de ceux qui en assument la conduite.
Il serait toutefois réducteur de s’en tenir à la seule indignation. Cet épisode doit être lu comme un avertissement sévère, une sommation adressée à l’Union africaine de revisiter ses mécanismes de gouvernance et les critères de désignation de ses dirigeants. Car une institution qui tolère, ne serait-ce qu’un instant, de telles dérives s’expose à voir sa parole disqualifiée et son autorité contestée.
En définitive, ce jour restera comme celui où l’Union africaine, confrontée à ses propres contradictions, a su, in extremis, se ressaisir pour préserver l’essentiel. Mais il restera aussi comme celui où, par la faute d’un leadership défaillant, elle a frôlé l’abîme du discrédit.
Entre ces deux vérités, il appartient désormais aux dirigeants africains de choisir : persister dans l’improvisation solitaire, ou restaurer, avec rigueur et humilité, l’exigence collective qui seule fonde la dignité des institutions.














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