Devant les institutions de l’Union européenne, une foule importante issue de la diaspora congolaise a exprimé sa colère, son inquiétude et sa défiance à l’égard du pouvoir de Félix Tshisekedi. Les slogans hostiles scandés au cours de cette mobilisation traduisent moins une simple contestation politique qu’une crise de confiance devenue abyssale entre une partie de la population congolaise et ses dirigeants.
Mais au-delà de la charge politique dirigée contre le régime en place, cette manifestation a surtout mis en lumière une question infiniment plus grave : celle de la montée vertigineuse du discours de haine identitaire dans l’espace public congolais. La conférence de presse organisée à l’issue de la mobilisation, accompagnée d’une exposition vidéo consacrée aux violences visant les Tutsis congolais, a rappelé avec une brutalité saisissante combien les mots peuvent devenir les prémices du pire lorsque des responsables politiques, certains acteurs de la société civile, des mouvements citoyens, des groupes armés et des relais médiatiques choisissent de substituer l’incitation identitaire à la responsabilité républicaine.
Le slogan : « Félix Tshisekedi FUNGULA BANYARWANDA BOTE BARUDIYE KWABO », ou « Felix libère tous les banyarwanda et qu’ils rentrent chez eux » apparu dès juin 2022 à Goma dans des manifestations menées par des activistes antitutsis issus notamment de mouvements comme LUCHA ou Filimbi, constitue à cet égard un marqueur particulièrement alarmant de la radicalisation du discours public.
Derrière cette formule se dissimule une logique d’exclusion collective fondée sur l’origine supposée, la langue ou l’appartenance communautaire. Une telle rhétorique, lorsqu’elle s’installe dans le débat national, cesse rapidement d’être un simple slogan militant pour devenir un mécanisme de légitimation des violences, des pillages, des persécutions et des attaques ciblées contre des citoyens pourtant détenteurs des mêmes droits que tous les autres Congolais.
L’histoire contemporaine enseigne avec une cruauté implacable que les pogroms ne surgissent jamais spontanément. Ils sont précédés par des années de banalisation du rejet de l’autre, par la fabrication méthodique d’un ennemi intérieur, par l’entretien d’une psychose identitaire et par l’instrumentalisation politique de la peur.
Lorsque des catégories entières de citoyens sont progressivement désignées comme des corps étrangers à la nation, le passage de la parole à la violence devient une tragique continuité.
Le drame congolais réside précisément dans cette incapacité persistante de certaines élites à distinguer le combat politique légitime de la dangereuse manipulation communautaire. Car à force d’exploiter les passions identitaires pour consolider des intérêts de pouvoir immédiats, c’est l’unité même de la nation qui se trouve fragilisée. Aucun État ne peut durablement survivre lorsque des citoyens vivent sous la menace permanente d’être désignés comme étrangers sur la terre de leurs ancêtres.
La mobilisation de Bruxelles apparaît ainsi comme un signal d’alarme adressé non seulement aux autorités congolaises, mais également à la communauté internationale. Car le silence, l’ambiguïté ou la complaisance face au discours de haine finissent toujours par produire des catastrophes humaines dont les conséquences dépassent les frontières nationales.
Il appartient désormais aux responsables politiques congolais de comprendre qu’aucune ambition de pouvoir ne saurait justifier l’incendie moral d’une nation entière.














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