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Clarification nécessaire à gauche : Entre antisémitisme et populisme, le défi républicain

Redigé par Tite Gatabazi
Le 8 juillet 2024 à 03:31

En France, ceux qui percevaient leur vote de dimanche sous l’angle binaire de "la peste ou le choléra" ont mal compris l’enjeu. On a suffisamment écrit sur la dérive de la gauche mélenchoniste et on va continuer de condamner la brutalité des débats et l’antisémitisme explicite de certains membres de La France insoumise « LFI ».

, l’urgence était ailleurs ; il s’agissait d’une sorte de référendum : est-ce les français veulent que l’extrême droite soit aux commandes ?

La nécessité dictait la loi : le scrutin majoritaire rendait la stratégie du ni-ni inopérante. Le Rassemblement Nationale « RN » était aux portes du pouvoir tandis que LFI ne voyait que son mirage. Le barrage républicain a donc servi de boussole, fonctionnant sans état d’âme en faveur des candidats modérés de droite ou de gauche, voire des Insoumis dissidents, selon l’expression d’Alain Minc.

Ainsi, lorsque Albane Branlant, candidate Renaissance, s’est désistée en faveur de Ruffin, c’était dans l’espoir légitime que celui-ci ne serait pas un épouvantail pour les électeurs modérés.

Ruffin n’est pas Mélenchon ; le premier conserve encore une légitimité morale, tandis que le second et son entourage proche agissent comme une force répulsive. À ce jeu du "qui perd gagne" Albane Branlant a permis à Ruffin de mettre le RN hors jeu dans sa circonscription.

La clarification à gauche doit commencer ici. Mais elle doit se faire sur tous les fronts et sur tous les sujets. Que dire à Serge Klarsfeld qui, après une vie entière de lutte contre l’extrême droite et l’antisémitisme, choisit au soir de sa vie de donner son vote au RN dont les pères fondateurs représentaient tout ce qu’il combattait ?

Quel degré de naïveté ou de désenchantement est nécessaire pour prendre la dédiabolisation du parti d’extrême droite pour argent comptant ?

Quelle confusion et quel désenchantement sont requis pour que des intellectuels habituellement pertinent distinguent un antisémitisme contextuel de gauche d’un antisémitisme ontologique de droite ?

Une nuance censée dédiaboliser les Insoumis les moins fréquentables mais qui, au final, ne fait que renforcer la défiance envers une gauche qui s’autorise, par le contexte, ce qu’elle condamne chez les autres, par la structure.

Le contextuel et le structurel œuvrent toujours de concert, et nul ne devrait s’autoriser, même au nom du contexte électoral actuel, à inventer un antisémitisme à géométrie variable. On peut et doit vouloir faire barrage à l’extrême droite sans considérer le Nouveau Front Populaire comme le grand réconciliateur à gauche.

On peut et doit s’interroger sur le fait qu’un tiers des électeurs se soient tournés vers le Rassemblement national sans leur accorder, en guise de seule réponse, le mépris et l’exclusion du cercle des démocrates.

Là aussi, certains pourraient évoquer le contexte du déclassement, du déclin et du sentiment d’injustice pour justifier un racisme ordinaire, mais pas plus là qu’ailleurs le contexte ne vaut valeur refuge.

Toute parole antisémite et raciste doit être dénoncée dès qu’elle apparaît. Il faut ajouter ceci : tous les électeurs de la France Insoumise ne sont pas antisémites ; mais une partie d’entre eux le sont ?

Oui, bien sûr. Tous les électeurs du Rassemblement national ne sont pas racistes ; mais une partie d’entre eux le sont ? Oui, bien sûr.

Voilà ce qu’est un contexte : non pas une autorisation et un blanc-seing accordés à la haine, mais un moment de l’histoire d’un homme, d’une femme, d’un pays, et la seule question qui vaille est : que fait-on de ce contexte ?

Pour beaucoup de Français, la réponse immédiate a été de faire barrage à l’extrême droite. Il faudrait maintenant s’interroger enfin sur les raisons du chaos et du vertige démocratique actuel.

Macron a accéléré le chaos dans ce moment pré-olympique et a obligé les Français à se positionner comme pour l’épreuve reine des jeux : À vos marques. Prêts. Votez !

Mais là où les coureurs craignent souvent les faux départs, les électeurs ont su éviter les fausses symétries entre le RN et LFI car seul le RN était en passe de tirer les lauriers.

Maintenant, il faut que tous les démocrates de gauche prennent leurs responsabilités.

La gauche s’unit par intermittence pour éviter le pire, mais un jour le barrage finira par céder s’il ne s’accompagne pas d’une autre perspective que lui-même.

Une urgence nouvelle chasse l’ancienne : empêcher LFI de kidnapper la gauche pour être à la hauteur de ce que les Français attendent, car il est grand temps d’en finir avec les populistes de tout bord.

Quant à Macron, une petite chanson commence sans doute déjà à trotter dans sa tête : et maintenant que vais-je faire ?


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