C’est dans le jardin paisible de son vaste bureau de Goma, loin du fracas des armes mais au cœur même des enjeux, qu’il a accueilli notre rédaction avec une affabilité maîtrisée et une assurance délibérée. Le sourire franc, le ton posé, il s’est voulu disponible, allant jusqu’à inviter explicitement à poser « les questions qui fâchent », convaincu que le moment n’est plus à l’esquive mais à l’explicitation.
Dressant le bilan de la première année ayant suivi la prise de Goma et l’installation progressive des administrations dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, Corneille Nangaa n’a nullement cherché à minimiser l’ampleur des défis rencontrés.
Il a évoqué, avec gravité, les obstacles logistiques, les résistances locales, les pesanteurs héritées d’un État failli, reconnaissant que les difficultés furent nombreuses, parfois écrasantes. Mais, a-t-il insisté, elles sont affrontées pas à pas, avec méthode, détermination et un sens aigu des responsabilités, loin de l’improvisation que d’aucuns voudraient lui prêter.
Interrogé sur la confirmation publique, par l’ambassadrice du Rwanda à Washington, de l’existence d’une collaboration avec Kigali, Corneille Nangaa esquisse un sourire mesuré, presque pédagogique, avant de confirmer l’existence de cette collaboration, qu’il s’empresse toutefois de distinguer soigneusement de toute notion de tutelle ou de soutien inconditionnel.
A ses yeux, la réalité commande des mots précis et des concepts rigoureux.
Une collaboration nécessaire et vitale
Cette collaboration, explique-t-il, s’articule autour de deux niveaux fondamentaux, dictés non par l’idéologie, mais par l’impératif de sécurité et le réalisme géopolitique.
Le premier concerne la présence persistante des FDLR, mouvement armé à l’historique lourd, qualifié sans détour de terroriste et de génocidaire. Actif dans plusieurs zones désormais libérées par l’AFC/M23, ce groupe continue, selon Nangaa, de semer la mort parmi les populations congolaises tout en constituant une menace directe et constante pour la sécurité du Rwanda.
Dès lors, leur neutralisation relève d’un intérêt commun et objectif, tant pour les communautés locales que pour les États riverains, face à ce qu’il qualifie d’« alliés encombrants » d’un pouvoir de Kinshasa jugé complaisant, voire instrumentalisateur.
Le second niveau de cette collaboration touche à une réalité géographique et humaine incontournable : celle des frontières partagées. De Kibumba à la Grande Barrière, en passant par la Petite Barrière, Goma et Rusizi, sans oublier l’axe stratégique de Bugarama, les lignes frontalières entre la République démocratique du Congo et le Rwanda ne sont pas de simples tracés sur une carte. Elles sont des espaces de vie, d’échanges et d’interdépendance.
Chaque jour, plus de quarante mille personnes les traversent dans les deux sens, animant un commerce transfrontalier dense, vital pour la survie économique de milliers de familles.
Assurer la sécurité de ces flux humains et marchands, protéger les personnes et les biens, prévenir les infiltrations criminelles et les violences armées : voilà, selon Corneille Nangaa, le sens profond et non négociable de cette collaboration. Elle ne serait ni une concession politique, ni une trahison nationale, mais une nécessité pragmatique, dictée par le bien-être immédiat des populations et par la stabilité minimale d’une région trop longtemps livrée au chaos.
En définitive, l’entretien révèle une ligne assumée : celle d’un acteur qui revendique le droit de nommer les réalités telles qu’elles sont, fût-ce au prix de la controverse.
Dans un contexte où l’hypocrisie diplomatique et les récits édulcorés ont souvent aggravé les tragédies humaines, Corneille Nangaa plaide pour une coopération lucide, encadrée et orientée vers un objectif qu’il érige en boussole politique : la sécurité et la dignité des populations.
Que l’on partage ou non cette vision, force est de constater qu’elle s’inscrit désormais au cœur du débat régional, là où les faux-semblants n’ont plus droit de cité.














AJOUTER UN COMMENTAIRE
REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Ne vous eloignez pas du sujet de discussion; Les insultes,difamations,publicité et ségregations de tous genres ne sont pas tolerées Si vous souhaitez suivre le cours des discussions en cours fournissez une addresse email valide.
Votre commentaire apparaitra apre`s moderation par l'équipe d' IGIHE.com En cas de non respect d'une ou plusieurs des regles d'utilisation si dessus, le commentaire sera supprimer. Merci!