C’est précisément ce que vient de provoquer Modeste Bahati Lukweto, figure éminente de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo–AFDC-A, dont la sortie médiatique récente a instantanément ébranlé les fondements de l’Union sacrée.
À peine vingt-quatre heures après ses déclarations, une motion de défiance est déposée à son encontre par le sénateur Dany Kabongo, visant à le démettre de son poste de deuxième vice-président du Sénat. Ce mouvement, aussi rapide qu’inattendu, révèle à quel point la hiérarchie et la discipline dans la coalition gouvernementale sont désormais fragilisées.
La raison de cette offensive : l’inflexible refus de Bahati Lukweto de toute révision ou modification constitutionnelle, accompagné de sa sentence limpide selon laquelle la République démocratique du Congo ne souffre pas d’un problème de Constitution mais d’un problème d’hommes.
Une observation d’évidence, mais qui, dans le contexte actuel de la coalition majoritaire, résonne comme un acte de défiance et d’indépendance intellectuelle.
Cette posture, à la fois lucide et dérangeante, heurte particulièrement les esprits obtus de l’UDPS, plus enclins à l’adoration qu’à la réflexion critique. Dans ce parti, la libre analyse et l’audace d’affirmer une vérité simple sont perçues comme une menace et suscitent des réactions véhémentes. Le « haro » lancé contre Bahati Lukweto, loin d’être une simple querelle partisane, illustre la fragilité d’une Union sacrée dont l’adhésion repose davantage sur l’obéissance mécanique que sur la conviction politique.
La vérité dérangeante d’un homme d’État
Ce conflit interne, en réalité, dépasse le cadre du protocole parlementaire ou de la lutte pour un fauteuil au Sénat. Il révèle une fracture profonde entre les tenants d’un ordre hiérarchique rigide et ceux qui considèrent que la pérennité de l’État dépend d’une réflexion honnête et courageuse sur ses véritables problèmes.
Bahati Lukweto a, par ses propos, mis en lumière ce que beaucoup de Congolais pressentent : le dysfonctionnement de la gouvernance repose moins sur des textes constitutionnels que sur la qualité des hommes qui les incarnent et les appliquent.
Dans une démocratie en construction, la liberté de parole et l’exercice de la pensée critique ne sauraient être punis par des motions de défiance ou des sanctions disciplinaires. Au contraire, ils constituent l’oxygène nécessaire à la maturation politique et à la consolidation institutionnelle.
Le geste de Bahati Lukweto, loin de menacer l’Union sacrée, pourrait paradoxalement constituer un révélateur salutaire : celui de la nécessité pour la coalition de se réinventer autour de valeurs de responsabilité, de discernement et de lucidité, plutôt que sur la simple adhésion à des dogmes partisans.
Ainsi, la crise déclenchée par la sortie de Bahati Lukweto n’est pas seulement un épisode parlementaire. Elle est un avertissement, un rappel que la vérité, même dérangeante, ne peut être étouffée sans mettre en péril la santé morale et politique de la coalition et, plus largement, de la République démocratique du Congo. L’heure est à la réflexion courageuse et non à la répression des idées qui osent défier le conformisme.














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