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Crimes de guerre en RDC et indignation sélective

Redigé par Tite Gatabazi
Le 14 mars 2026 à 12:26

Une évidence s’impose avec la force de ce que nul ne peut raisonnablement contester : l’attaque de drone qui a frappé Goma, ville éloignée des lignes de front comme des quartiers généraux militaires, porte toutes les caractéristiques d’une opération dirigée contre un espace civil et, à ce titre, relève de ce que le droit international humanitaire qualifie de crime de guerre.

Une telle réalité rend d’autant plus déroutante l’attitude adoptée par le pouvoir de Kinshasa. Entre dénégations officielles, revendications à peine voilées et volte-face discursives, la parole publique semble osciller dans une zone d’ambiguïté permanente, mêlant défiance et défi.

« Si l’on veut enterrer une décision, il suffit de créer une commission », ironisait jadis Georges Clemenceau, observateur acerbe des lenteurs et des prudences calculées de la diplomatie. Cette formule, vieille de plus d’un siècle, semble aujourd’hui retrouver une singulière actualité dans le drame qui se déroule à l’est de la République démocratique du Congo.

Le 3 janvier 2026, la localité de Masisi Centre, alors sous contrôle de l’AFC/M23, fut frappée par une attaque de drone attribuée à l’armée congolaise. Le bilan fut lourd : au moins dix civils périrent et une cinquantaine d’autres furent blessés. Face à cette tragédie, la réaction internationale se limita à une formule désormais rituelle. La mission des Nations unies, la MONUSCO, se borna à appeler à « une vérification indépendante » et à « l’établissement des responsabilités ».

Mais chacun sait ce que deviennent trop souvent ces appels solennels : ils se dissolvent dans les lenteurs bureaucratiques, se perdent dans les méandres d’enquêtes jamais menées à terme et finissent par sombrer dans l’oubli. Depuis lors, les populations civiles de l’Est congolais parmi lesquelles les communautés banyamulenge continuent de vivre sous la menace quasi quotidienne de frappes de drones et de bombardements visant leurs villages. Hommes, femmes et enfants sont atteints jusque dans leur sommeil, sans que ces tragédies répétées ne suscitent l’émotion durable des capitales occidentales ni de la conscience morale internationale.

La diplomatie de l’hypocrisie

Or il aura suffi qu’une nouvelle attaque de drone, survenue à Goma, entraîne la mort d’une humanitaire européenne pour que l’édifice diplomatique s’ébranle soudain. Les chancelleries occidentales et diverses organisations internationales ont alors élevé la voix, multipliant communiqués et déclarations de principe.

Mais cette indignation tardive s’est accompagnée d’une prudence si extrême qu’elle confine à la paralysie : l’on condamne « les deux parties », l’on exhorte à la retenue, l’on réclame, encore et toujours, la création d’une commission d’enquête.

Autrement dit, l’on applique à la lettre la maxime de Clemenceau.

Cette posture alimente le sentiment d’une profonde dissymétrie dans l’ordre international. Car tandis que certaines accusations, parfois fragiles ou contestées, sont reprises avec empressement lorsqu’elles visent certains États de la région, d’autres faits pourtant documentés suscitent une réserve presque embarrassée. Ainsi se dessine une diplomatie de l’équilibre verbal où la condamnation abstraite tient lieu d’action concrète.

Dans ce contexte, l’attitude du pouvoir de Kinshasa apparaît elle aussi singulièrement déroutante. Entre dénégations officielles, revendications implicites et rhétorique belliqueuse, le discours politique congolais oscille entre défiance et défi.

Le président Félix Tshisekedi lui-même n’a pas hésité à brandir des menaces publiques à l’encontre de Kigali et du gouvernement rwandais, contribuant à alimenter un climat régional déjà explosif.

Dans le même temps, la prolifération de milices locales, la présence de groupes armés tels que les FDLR et l’activisme des formations dites Wazalendo participent à la fragmentation d’un conflit où la distinction entre forces régulières, supplétifs et acteurs étrangers devient de plus en plus floue.

Face à cette complexité, la communauté internationale semble hésiter entre prudence stratégique et inertie politique. Le résultat est un paradoxe inquiétant : plus les violences se multiplient, plus les réactions se diluent dans des formules générales qui évitent soigneusement de désigner les responsabilités.

Dans ce paysage diplomatique marqué par l’ambiguïté et la retenue, un constat s’impose : les principes proclamés par la Organisation des Nations unies et par le droit international humanitaire apparaissent de plus en plus fragilisés lorsque les intérêts géopolitiques des grandes puissances entrent en jeu.

C’est précisément ce déséquilibre que soulignait récemment le Président rwandais Paul Kagame dans son discours devant le corps diplomatique à Kigali. Évoquant les tensions régionales et les accusations récurrentes visant son pays, il concluait avec gravité : « Voilà où nous en sommes. Mais nous porterons cette charge sur nos épaules tout en restant dignes. »

Dans une région où les menaces sécuritaires persistent et où les drones de guerre s’approchent dangereusement des frontières, cette déclaration résonne comme un avertissement : face aux incertitudes d’un ordre international vacillant, les États concernés se sentent désormais contraints de compter d’abord sur leur propre résilience pour assurer la protection de leur territoire et de leur population.

Il aura suffi d’une nouvelle attaque de drone à Goma, ayant coûté la vie à une humanitaire européenne, pour ébranler l’édifice diplomatique et provoquer une vague de réactions des chancelleries occidentales

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