Dans les heures qui ont suivi le drame, tant le président de la République française, Emmanuel Macron, que le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, ainsi que la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), ont publié des déclarations convenues et prudentes, exprimant soutien, émotion et appel au respect du droit humanitaire.
Or, ce qui aurait dû constituer un hommage individuel et solennel à la mémoire de la victime, se transforme paradoxalement en une double peine : non seulement le nom de Karine Buisset est omis, mais la formulation même des communiqués tend à neutraliser moralement l’agression, en plaçant de facto l’agresseur et l’agressée sur un pied d’égalité, dans une équivalence factice qui heurte la raison et la conscience.
Ce choix rhétorique, s’il peut apparaître comme un effort de neutralité diplomatique, ne répond en réalité à aucune exigence éthique ni politique. Il a pour effet pervers d’attiser l’escalade, en envoyant un signal ambigu sur la légitimité de la violence et sur la protection des civils et humanitaires en zones de conflit. Dans un contexte déjà fragile et explosif, le refus de nommer la victime revient à effacer l’individu, à diluer le drame personnel dans un anonymat institutionnel, alors même que la valeur d’une vie et la dignité des humanitaires devraient imposer la reconnaissance explicite de leur sacrifice.
Une humanitaire, tombée dans l’exercice de sa mission, mérite que son nom soit prononcé, que son engagement soit salué, et que l’agression qui l’a fauchée soit clairement identifiée comme telle. L’inverse ne peut que nourrir le sentiment d’impunité et exacerber les tensions locales et internationales.
L’équivalence injuste : un dangereux précédent
Ces communiqués fades et prudents instaurent une rhétorique de l’“équivalence”, où la victime et l’agresseur se trouvent mis sur le même plan symbolique, créant un dangereux précédent. La diplomatie, lorsqu’elle tente de tempérer les propos, se doit de ne jamais travestir les faits : un drone qui frappe une ville civile et tue un humanitaire ne saurait être assimilé à une simple “action militaire” comparable aux risques encourus par le personnel sur le terrain. L’inversion implicite du sens des responsabilités dans ces formulations ne protège en rien les civils et humanitaires ; elle risque au contraire d’encourager la répétition de telles agressions, en affaiblissant la pression morale sur les auteurs de l’attaque.
Dans le cas de Goma, le non-respect apparent de la mémoire de Karine Buisset illustre le hiatus profond entre l’émotion affichée et l’action politique ou diplomatique concrète.
Lorsque les institutions et les dirigeants internationaux choisissent le confort d’un langage convenu plutôt que la clarté de la vérité, elles alimentent une impunité structurelle et exposent davantage les civils à la violence.
Le nom de la victime, prononcé, reconnu et respecté, constitue non seulement un hommage nécessaire mais aussi un signal puissant à la communauté internationale : celui que la vie humaine, la protection des humanitaires et l’application du droit humanitaire ne sont pas des abstractions, mais des obligations concrètes, indissociables de la responsabilité des États et des forces en présence.














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