Que Claude Ibalanky, naguère dépositaire de la confiance présidentielle et architecte discret de l’ Accord-cadre d’Addis-Abeba, siège désormais en face des représentants de Kinshasa sous l’étendard de l’AFC/M23, ne relève pas d’un banal revirement d’allégeance.
Il s’agit, bien plus profondément, d’un dévoilement : celui d’un pouvoir qui, à force de renoncements, de calculs à courte vue et de mépris des intelligences, engendre ses propres fractures.
Car enfin, qui est Ibalanky, sinon l’un de ces hommes de l’ombre que le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait choisi d’élever aux plus hautes responsabilités, lui confiant les arcanes sensibles du dossier de l’Est ?
Sa présence aujourd’hui dans le camp adverse ne saurait être réduite à une trahison opportuniste. Elle interroge, avec une acuité implacable, la nature même du lien de confiance au sommet de l’État, ainsi que la capacité du pouvoir à retenir, valoriser et protéger ses propres cadres.
Dans les couloirs feutrés du palais présidentiel, la fébrilité le dispute désormais à la suspicion. On y cherche, avec une ardeur presque désespérée, le coupable idéal, ce bouc émissaire commode à sacrifier sur l’autel des défaillances collectives.
Mais cette quête, pour spectaculaire qu’elle soit, ne saurait masquer l’essentiel : une gouvernance qui, en marginalisant les esprits critiques et en promouvant la courtisanerie comme mode d’ascension, a méthodiquement préparé le terrain de telles défections.
Cour et déclin
Il est une constante dans l’histoire des régimes fragilisés : la substitution progressive de la compétence par la loyauté servile. En écartant de l’Union pour la démocratie et le progrès social les figures dotées d’une autonomie intellectuelle, et en reléguant aux marges des personnalités telles que Jean-Marc Kabund, le pouvoir a opéré un choix lourd de conséquences. Celui de préférer l’allégeance à la lucidité, l’acclamation à la contradiction, l’apparence de cohésion à la réalité du débat.
Dans cet univers clos, où la parole sincère devient suspecte et où l’expertise s’épuise au contact de l’intrigue, des hommes comme Ibalanky ne pouvaient que s’user, puis se retirer avant, parfois, de reparaître ailleurs, porteurs d’un savoir accumulé au cœur même du système.
Car c’est là, sans doute, l’aspect le plus redoutable de cette séquence : Ibalanky n’est pas seulement un transfuge, il est un dépositaire. Dépositaire des stratégies, des négociations, des compromis inavoués qui ont jalonné la gestion du conflit à l’Est de la République démocratique du Congo.
Dès lors, sa présence à Genève sous une autre bannière acquiert une portée qui dépasse le simple symbole. Elle devient un facteur de déséquilibre, un vecteur potentiel de fragilisation pour un pouvoir déjà mis à l’épreuve. Non pas tant par ce qu’il dira explicitement, mais par ce qu’il sait, par ce qu’il incarne, et par la crédibilité que lui confère son passé au cœur de l’appareil d’État.
Ainsi se dessine, en filigrane, une leçon politique d’une redoutable clarté : on ne gouverne pas durablement contre les compétences, ni en tournant le dos aux principes. À force de privilégier les fidélités intéressées et de mépriser les engagements, le pouvoir s’expose à voir ses propres fondations se fissurer.
Et lorsque les fissures deviennent béantes, ce ne sont plus seulement des hommes qui s’en vont, mais des pans entiers de crédibilité qui s’effondrent avec eux.














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