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Dr Bizimana expose le rôle des médias de la haine dans le génocide contre les Tutsi

Redigé par IGIHE
Le 11 avril 2026 à 03:43

S’exprimant lors de la commémoration du 32ᵉ anniversaire du génocide contre les Tutsi, tenue le 10 avril 2026 par la Commission rwandaise des médias, le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, le Dr Jean-Damascène Bizimana, a souligné le rôle central joué par les médias dans l’incitation à la haine et la propagation de la violence en 1994.

Cette cérémonie, qui a réuni des journalistes et des responsables des médias, a également été l’occasion de rendre hommage aux professionnels des médias tués en raison de leur identité.

Le Directeur général de la ’Rwanda Broadcasting Agency’ (RBA), Cléophas Barore, a souligné le fait que ces journalistes avaient été ciblés uniquement en raison de leur appartenance ethnique.

« Ils n’ont diffusé ni écrit quoi que ce soit incitant à la violence, ni violé l’éthique journalistique. Ils étaient connus et respectés, mais cela ne les a pas protégés. Au contraire, cela a fait d’eux des cibles, car pour les génocidaires, la vie d’un Tutsi n’avait aucune valeur », a-t-il entre autres déclaré, saluant toutefois le fait que certains des journalistes coupables de crimes ont été poursuivis devant des juridictions internationales pour leur rôle dans le génocide.

De son côté, Diane Uwadede Isimbi, fille de Vincent Shabakaka, fondateur du journal Kiberinka, a insisté sur le fait que son père s’est appuyé sur le journalisme pour contrer la désinformation et la propagande, notamment celle dirigée contre le Front patriotique rwandais (FPR).

Le président de l’Association rwandaise des journalistes, Dan Ngabonziza, pour sa part, a appelé la profession à rejeter toute haine et à lutter activement contre l’idéologie du génocide.

« L’histoire douloureuse de notre pays nous a montré que la plume et la parole peuvent soit détruire, soit construire. Aujourd’hui est un moment pour renouveler notre engagement », a-t-il affirmé, appelant également à refuser toute tribune aux négationnistes et aux discours de division.

Le président d’IBUKA, Philbert Gakwenzire, a, quant à lui, dénoncé le rôle joué par certains médias dans la propagation de la haine anti-Tutsi, tout en saluant la transformation du secteur médiatique rwandais après le génocide perpétré contre les Tutsi en un acteur de la construction nationale.

Le Dr Bizimana a expliqué que la propagande génocidaire trouvait ses racines dans des mouvements politiques extrémistes. Avant 1994, plusieurs médias ont systématiquement diffusé des messages de haine et encouragé les Hutu à tuer les Tutsi.

Il a cité des figures comme Ferdinand Nahimana, Jean-Bosco Barayagwiza et Hassan Ngeze, jugés au niveau international pour leur rôle dans l’incitation au génocide. Nahimana a notamment été présenté comme l’un des principaux architectes de l’idéologie génocidaire, notamment à travers le concept de « défense civile ».

Le ministre a distingué plusieurs catégories de médias de l’époque : les médias publics, ceux dits indépendants mais proches du pouvoir, et d’autres qui ne promouvaient pas ouvertement la haine.

Il a particulièrement mis en cause la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), qui recrutait des journalistes charismatiques pour diffuser des contenus populaires - musique, sport, informations - tout en y intégrant des messages haineux. Parmi eux figuraient Georges Ruggiu et Valérie Bemeriki, notant le fait que le fonctionnement de la RTLM était étroitement lié à la présidence.

Valérie Bemeriki, ancienne journaliste à la RTLM, a été mise en cause pour avoir diffusé à plusieurs reprises des messages incitant aux violences contre les Tutsi

En effet, des responsables gouvernementaux faisaient partie de sa direction, tandis que les services de renseignement fournissaient informations et personnel.

Il a notamment cité Donath Hakizimana, alors secrétaire général du service national de renseignement, et Gaspard Musabyimana, aujourd’hui basé en Belgique, impliqué dans la gestion des programmes et les réseaux d’information. Ce dernier est également lié à Radio Inkingi, accusée de continuer à diffuser l’idéologie du génocide.

Le Dr Bizimana a aussi mentionné le rôle d’autres médias comme ORINFOR, Imvaho, Kangura et Kinyamateka, soulignant en particulier l’influence de Kinyamateka dans la diffusion de sentiments anti-Tutsi, insistant sur le fait que les journalistes ont participé au génocide par leurs mots.

« Ils n’ont pas pris de machettes, ni utilisé des armes. Ils ont tué par les mots et leurs publications », a-t-il déclaré, ajoutant que « le génocide commence souvent par la parole et l’écriture ».

Le ministre a averti qu’aucune société ayant connu un génocide ne peut se permettre d’oublier son histoire, critiquant les comportements irresponsables de certains journalistes et acteurs politiques qui ignorent le passé du pays.

Il a appelé les professionnels des médias à s’inspirer de ceux qui ont fait preuve d’intégrité, à rejeter toute idéologie de haine et à contribuer activement à l’unité, à la réconciliation et à la résilience nationale.

Journalistes tués lors du génocide contre les Tutsi (sélection)

ORINFOR : RUBWIRIZA Tharcisse, MWUMVANEZA Médard, GASANA Cyprien, KARAKE Claver, KARAMBIZI Gratien, KARINDA Viateur, RUDAHANGARWA J. Baptiste, SEBANANI André, KALISA Calixte, NSABIMANA Emmanuel, BUCYANA Jean Bosco, MBUNDA Félix, MUNYARIGOGA Jean Claude, NSHIMIYIRYO Eudes, Byabagamba Stratton (tué en 1992).

Le Partisan : HABINEZA Aphrodice (SIBO).

Le Tribun du Peuple : MUKAMA Eugène, HATEGEKIMANA Wilson, GAKWAYA Eugène, RUGAJU Jean Claude.

Le Flambeau : BAZIMAZIKI Obed, KARINGANIRE Charles, MUNANA Gilbert.

Rafiki : KAYIHURA Octave, NTAGANZWA Alexis.

Kinyamateka : NKUBIRI Sylvestre, MUGANZA Clement, KAYINAMURA M. Beduwa, SERUVUMBA Anastase.

Le Soleil : KAYIRANGA Marcelin, MUKAMUSONI Jeanne d’Arc, BURASA Prisca.

Isibo : MURERAMANZI Néhémie.

Kanyarwanda : NKUNDIMANA Joel, MUTESA Donat.

Kanguka : RWABUKWISI Vincent (RAVI), MBARAGA Wellars.

Kiberinka : SHABAKAKA Vincent, NYIMBUZI Aloys, KAMANAYO Théotime.

Rwanda Rushya : KAMURASE Martin, MUDATSIKIRA Joseph, KAMEYA André.

L’Observateur : MUNYAKAZI Bernard.

Journalistes indépendants : MBUGUJE Sixbert, MUKAMANA Winifrid, RUKUNDO Emmanuel, RUTSINDURA Emmanuel, RUTSINDURA Alphonse, RWEMARIKA Claude, TWAGIRAMUNGU Felix.

Le Directeur général de la RBA a souligné le fait que ces journalistes avaient été ciblés uniquement en raison de leur appartenance ethnique
Les journalistes ont été appelés à faire preuve de professionnalisme
Plusieurs responsables ont pris part à la cérémonie de commémoration
Le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr. Bizimana a noté le fait que les médias de propagande ont émergé avec les partis politiques extrémistes
Le président d’Ibuka, le Dr Philbert Gakwenzire, a salué les médias qui contribuent depuis à la reconstruction du pays
Les journalistes ont participé à une cérémonie de commémoration en mémoire de leurs confrères tués pendant le génocide contre les Tutsi
Le président de l’Association des journalistes du Rwanda (ARJ), Dan Ngabonziza, a appelé les journalistes à rejeter toute haine et combattre l’idéologie du génocide
Le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, le Dr Jean Damascène Bizimana, a mis en lumière le rôle des médias dans le génocide contre les Tutsi
Diane Uwadede Isimbi, fille de Vincent Shabakaka, fondateur du journal Kiberinka, a rappelé que son père utilisait le journalisme pour combattre la désinformation

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