Urgent

L’épreuve de la parole ou quand l’intelligence déjoue la mise en scène judiciaire

Redigé par Tite Gatabazi
Le 30 janvier 2026 à 12:27

Il est des moments médiatiques où la parole, loin d’être un simple exercice de communication, devient un acte politique à part entière.

L’intervention de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo sur les antennes de TV5 Monde relève indéniablement de cette catégorie rare. Car lorsque l’occasion lui est offerte, l’homme donne la pleine mesure d’une intelligence politique affûtée, d’une maîtrise discursive rigoureuse et d’une capacité d’argumentation qui tranche singulièrement avec la vacuité ambiante du débat public congolais.

Balayant avec une froide assurance la condamnation dont il fait l’objet, Matata Ponyo ne se limite nullement à une contestation de circonstance ou à une défense personnelle dictée par l’urgence. Il entreprend, au contraire, une véritable entreprise de déconstruction, méthodique et rigoureuse, de la décision judiciaire elle-même, en en exposant les ressorts cachés et les incohérences internes.

Par la précision de son propos et la sobriété de son ton, il déplace le débat du registre émotionnel vers celui, plus exigeant, de l’analyse institutionnelle, conférant à sa parole une autorité qui excède largement sa situation individuelle.

Ce faisant, il met en lumière la nature profondément instrumentalisée de cette condamnation, décrivant une justice dévoyée, progressivement soumise aux injonctions du pouvoir exécutif et détournée de sa mission fondamentale d’arbitre impartial.

Plus grave encore, il souligne combien cette dérive s’inscrit dans des logiques tribalo-ethniques persistantes, qui n’ont que trop longtemps gangrené l’appareil d’État, minant la confiance publique et pervertissant l’idéal républicain.

Ainsi exposée, la décision judiciaire apparaît moins comme l’aboutissement d’un procès équitable que comme le symptôme d’un système où le droit s’efface devant l’arbitraire et les calculs de pouvoir.

Ce n’est pas seulement sa personne qu’il défend ; c’est le principe même de l’État de droit qu’il convoque, face à une justice devenue outil de règlement politique et d’intimidation.

Dans cet échange, l’ancien chef du gouvernement apparaît non comme un accusé en posture défensive, mais comme un témoin lucide d’une dérive institutionnelle majeure. Sa parole, précise et structurée, agit comme un révélateur : elle met à nu le délitement de l’indépendance judiciaire et l’usage cynique de l’appareil répressif pour neutraliser toute figure susceptible d’incarner une alternative crédible.

La prédation comme système : autopsie d’un pouvoir sans précédent dans l’histoire congolaise

Mais c’est sans doute lorsqu’il aborde la gestion du pays sous Félix Tshisekedi que le propos gagne sa dimension la plus accablante. D’un ton ferme, dépourvu de toute emphase inutile, Matata Ponyo dresse le constat d’un naufrage inédit.

Selon lui, jamais, dans toute l’histoire de la République démocratique du Congo, l’État n’a atteint un tel degré de prédation systémique, de détournement érigé en mode de gouvernance et de corruption assumée comme pratique ordinaire du pouvoir.

Ce jugement, lourd de sens, dépasse la simple polémique partisane. Il s’agit d’une mise en accusation historique : celle d’un régime qui ne se contente plus de faillir, mais qui organise méthodiquement la dilapidation des ressources publiques, la captation des richesses nationales par des cercles restreints, et la transformation de l’État en machine de redistribution clientéliste.

La gouvernance n’y est plus pensée comme un service rendu à la nation, mais comme une opportunité de prédation à grande échelle.

En creux, l’intervention de Matata Ponyo met en lumière une tragédie plus vaste : celle d’un pays aux potentialités immenses, livré à une élite dirigeante incapable de se hisser à la hauteur de l’histoire, préférant l’ivresse de l’accaparement à la rigueur de la responsabilité.

Et lorsque la parole la plus structurée, la plus compétente, la plus argumentée est systématiquement criminalisée, c’est que le pouvoir ne cherche plus à convaincre, mais à survivre par l’étouffement.

Cette prestation télévisuelle réussie est le miroir d’un État en crise profonde, où la brillante démonstration d’un ancien Premier ministre contraste cruellement avec l’indigence morale et institutionnelle d’un régime qui, faute de vision, s’abîme dans la prédation et la peur de la vérité.

L’intervention de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo sur TV5 Monde a illustré une intelligence politique et une maîtrise du débat public congolais

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