Pourtant, à l’examen attentif de sa teneur, l’on y discerne moins un effort de lucidité qu’une entreprise d’esthétisation politique de la réalité.
Présenter un tableau apaisé de la situation des droits fondamentaux dans un pays travaillé par des convulsions sécuritaires, des tensions institutionnelles et des fractures sociales persistantes relève d’un exercice délicat ; mais lorsque la rhétorique l’emporte sur la véracité, l’argumentation se mue en procédé de dissimulation.
Le discours incriminé s’est appliqué à substituer à la complexité des faits un récit ordonné, presque lisse, où les violations documentées deviennent marginales, où les responsabilités se diluent, et où l’État apparaît comme le garant irréprochable de libertés dont l’exercice demeure pourtant, sur le terrain, inégalement assuré.
Une telle posture ne constitue pas seulement une divergence d’appréciation : elle engage la crédibilité internationale de la parole publique. Devant une instance aussi éminente que le Conseil des droits de l’homme, l’exigence de rigueur ne saurait être sacrifiée sur l’autel de la communication stratégique.
Or, en gommant les zones d’ombre, en minorant les alertes répétées des organisations indépendantes et en esquivant les griefs exprimés par la société civile, le discours officiel a donné le sentiment d’un décalage préoccupant entre la scène diplomatique et la réalité vécue par des millions de citoyens.
Déconstruire la rhétorique : entre embellissement narratif et contradictions factuelles
Déconstruire ce type d’intervention ne consiste pas à substituer un excès inverse à l’optimisme affiché ; il s’agit, plus sobrement, de confronter l’énoncé aux faits. Les rapports successifs d’organisations internationales et nationales, les témoignages concordants d’acteurs de terrain, ainsi que les données relatives aux libertés publiques, aux arrestations arbitraires, aux violences dans certaines provinces et aux restrictions de l’espace civique, composent un corpus qui ne saurait être ignoré sans fragiliser la cohérence du discours gouvernemental.
L’embellissement narratif repose sur trois procédés récurrents. D’abord, l’agrégation de réformes annoncées, parfois pertinentes sur le plan normatif sans évaluation sérieuse de leur mise en œuvre effective. Ensuite, la dilution des responsabilités dans une contextualisation sécuritaire qui tend à relativiser les atteintes aux droits au nom de la stabilité. Enfin, l’invocation d’engagements futurs comme gage de bonne foi, alors même que les mécanismes de contrôle et de reddition des comptes demeurent insuffisamment consolidés.
Cette discordance entre l’architecture du discours et la matérialité des faits alimente une défiance croissante. Elle expose le gouvernement à l’accusation de privilégier la diplomatie de façade à la transformation structurelle. Car la crédibilité d’un État ne se mesure pas à la qualité rhétorique de ses interventions, mais à la concordance entre ses engagements proclamés et les réalités observables.
En définitive, la scène genevoise n’aurait pas dû être le théâtre d’une autosatisfaction prématurée, mais celui d’une reconnaissance lucide des défis persistants. Loin d’affaiblir la position d’un pays, l’aveu des difficultés constitue souvent le premier pas vers leur résolution.
À défaut, le risque est grand que la parole officielle, détachée du vécu quotidien des citoyens, ne soit perçue comme un artifice supplémentaire et que la distance entre gouvernants et gouvernés ne s’en trouve encore accrue.














AJOUTER UN COMMENTAIRE
REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Ne vous eloignez pas du sujet de discussion; Les insultes,difamations,publicité et ségregations de tous genres ne sont pas tolerées Si vous souhaitez suivre le cours des discussions en cours fournissez une addresse email valide.
Votre commentaire apparaitra apre`s moderation par l'équipe d' IGIHE.com En cas de non respect d'une ou plusieurs des regles d'utilisation si dessus, le commentaire sera supprimer. Merci!