Il ne s’agit ni d’un refus de principe, ni d’un plaidoyer pour l’impunité, mais d’un rappel lucide des limites intrinsèques d’un instrument que certains ont élevé au rang de panacée universelle.
La sanction, dans l’architecture des relations internationales, est conçue comme un moyen de pression. Elle vise à contraindre, à dissuader, à infléchir. Mais elle n’est efficace que si elle s’inscrit dans une lecture fine des rapports de force, des dynamiques régionales et des intérêts en présence.
Or, trop souvent, elle est brandie comme un étendard moral, un signal politique à usage domestique, un geste spectaculaire destiné à satisfaire l’exigence immédiate de fermeté.
Ainsi voit-on se constituer une véritable mythologie de la sanction : totem diplomatique auquel l’on attribue des vertus quasi magiques, sans examen préalable de son impact réel, ni considération sérieuse des effets collatéraux qu’elle engendre.
L’histoire contemporaine regorge pourtant d’exemples où l’arsenal punitif, loin d’apaiser les crises, les a figées, radicalisées, voire instrumentalisées par ceux-là mêmes qu’il prétendait affaiblir.
Dans le cas des tensions persistantes à l’Est de la République démocratique du Congo, la complexité des acteurs, groupes armés multiples, ingérences régionales, défaillances structurelles de gouvernance, économie de prédation enracinée rend illusoire toute réponse univoque.
Croire qu’un train de sanctions, fût-il soigneusement calibré, pourrait à lui seul dissoudre des décennies d’enchevêtrements sécuritaires et politiques relève moins de la stratégie que de l’incantation.
Pour une diplomatie de responsabilité : dépasser la tentation de la simplification
La déclaration du chef de la diplomatie rwandaise n’est pas un rejet du droit international ni des mécanismes de pression légitimes ; elle constitue une invitation à la responsabilité intellectuelle. Elle suggère que la communauté internationale gagnerait à substituer à la logique réflexe de la punition une approche fondée sur l’analyse, la médiation et la construction patiente de solutions structurelles.
Il est aisé, en effet, d’ériger la sanction en réponse immédiate, car elle offre l’avantage de la clarté symbolique : elle désigne un fautif, trace une ligne morale, rassure les opinions. Mais la politique étrangère ne saurait se réduire à une dramaturgie. Elle exige une compréhension fine des causalités profondes, des équilibres internes et des aspirations légitimes des populations concernées.
La paix durable dans la région des Grands Lacs ne pourra émerger d’une mécanique punitive isolée. Elle suppose la réforme des appareils sécuritaires, la lutte effective contre la corruption, la neutralisation des groupes armés par des dispositifs concertés, ainsi qu’une coopération régionale affranchie des soupçons systématiques. Elle exige également que l’on cesse de confondre visibilité diplomatique et efficacité stratégique.
En affirmant qu’il signerait « demain » si les sanctions étaient réellement opérantes, le ministre rwandais rappelle une évidence que le tumulte médiatique tend à occulter : la finalité n’est pas la sanction en elle-même, mais la résolution du conflit. Toute mesure qui ne rapproche pas de cet objectif doit être interrogée, discutée, réévaluée.
À l’heure où les crises internationales se multiplient et où la tentation du geste spectaculaire l’emporte trop souvent sur la rigueur analytique, il devient impératif de restaurer une diplomatie de substance.
Car la paix ne se décrète pas à coups de symboles ; elle se construit, patiemment, par la lucidité, le courage politique et la cohérence stratégique.














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