Urgent

La démission souveraine comme matrice du désordre

Redigé par Tite Gatabazi
Le 30 janvier 2026 à 01:23

Les réquisitoires produits par les cénacles feutrés de l’expertise internationale se lisent désormais comme les chroniques tardives d’un monde à bout de souffle, décrivant avec componction les ruines qu’ils ont eux-mêmes contribué à laisser s’accumuler.

Ces rapports, saturés de chiffres et de prudences diplomatiques, témoignent moins d’une compréhension du réel que d’une incapacité structurelle à penser l’effondrement de l’État congolais autrement que comme une abstraction administrative.

L’accusation d’« occupation » ainsi portée relève d’une simplification commode. Elle occulte une réalité plus brutale : celle du vide abyssal laissé par un pouvoir central qui a renoncé à sa fonction cardinale, à savoir garantir la survie physique et morale de sa population.

Là où l’autorité étatique s’est dissoute dans la prédation, la corruption et l’arbitraire, s’est imposée une dynamique de substitution. Non par goût de la transgression, mais par nécessité vitale.

Ce qui se donne à voir dans les territoires délaissés n’est pas tant une prise de pouvoir qu’une recomposition de l’ordre, une tentative d’administration là où l’État s’est retiré, laissant derrière lui l’anomie, la peur et la loi du plus fort.

Les proclamations officielles de Kinshasa se sont révélées impuissantes à endiguer la prolifération des groupes armés, notamment ceux porteurs d’une idéologie génocidaire persistante, tolérés, instrumentalisés, parfois même intégrés comme supplétifs d’une armée en déliquescence.

Violence fondatrice, légitimité disputée et refondation politique

La formule cyniquement reprise par certains observateurs « survivre pour ne pas être tué » décrit moins un état de fait qu’un aveu d’échec collectif. Elle souligne l’effondrement du contrat social et la faillite d’un État incapable d’assurer la protection élémentaire de ses citoyens.

Dans ce contexte, l’usage de la force ne se présente plus comme une dérive, mais comme un instrument de restauration minimale de la dignité humaine face à une barbarie laissée libre de prospérer.

Les accusations récurrentes de soutiens extérieurs, brandies comme des talismans moraux par des élites désarmées intellectuellement, relèvent davantage de la rhétorique défensive que de l’analyse géopolitique sérieuse. Elles masquent l’incapacité chronique du pouvoir central à mobiliser sa propre jeunesse autour d’un projet national autre que le partage des rentes et le pillage des ressources publiques.

La géopolitique, qu’on le veuille ou non, ne se fonde ni sur l’indignation sélective ni sur les incantations morales, mais sur des rapports de force et des faits tangibles.

Dans cette perspective, le pouvoir ne se quémande pas dans les chancelleries ni ne se décrète dans les communiqués : il s’exerce, se structure et se légitime sur le terrain. Ce qui est présenté comme une « rébellion » par le discours dominant apparaît, pour d’autres, comme une alternative imposée par l’agonie prolongée d’un État défaillant.

L’histoire politique, implacable dans ses verdicts, ne sanctifie ni les plaintes ni les postures victimaires ; elle consacre la volonté de ceux qui bâtissent, fût-ce dans la controverse et le fracas.

Ainsi se dessine une ligne de fracture irréductible : d’un côté, ceux qui se sont accommodés de leurs chaînes au nom d’une stabilité factice ; de l’autre, ceux qui, refusant l’agonie silencieuse, ont fait le choix périlleux mais assumé de la rupture.

Que cette présence suscite l’indignation ou la stupeur tient bien moins à ce qu’elle est intrinsèquement qu’à ce qu’elle révèle, par effet de contraste, d’un ordre ancien à bout de souffle, désormais incapable de dissimuler plus longtemps sa propre faillite.

Elle agit tel un miroir implacable, renvoyant à la face de ses détracteurs l’image d’un système épuisé, miné par l’incurie, la corruption et la démission morale, dont les artifices rhétoriques ne parviennent plus à masquer le vide politique et l’effondrement de l’autorité.

Ce qui choque, en définitive, n’est pas l’irruption d’un acteur nouveau dans l’espace du pouvoir, mais l’exposition brutale de l’imposture d’un ordre établi qui, ayant renoncé à gouverner, ne survit plus que par la négation de ses propres échecs.

Là où l’autorité étatique s’est dissoute dans la prédation, la corruption et l’arbitraire, s’est imposée une dynamique de substitution

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