Car derrière la solennité des cérémoniaux diplomatiques et l’apparente élévation symbolique qu’implique une telle charge, se dresse la réalité crue d’un État exsangue, miné par une crise structurelle multiforme et persistante.
Le pays ploie sous une pénurie chronique de devises, paralysant les circuits bancaires et asphyxiant l’économie réelle. Le carburant, nerf vital de toute activité moderne, s’y fait rare au point de devenir un luxe incertain. Les étalages, naguère modestement pourvus, offrent désormais le spectacle désolant du vide et de la privation.
A cette détresse matérielle s’ajoutent des coupures intempestives d’électricité, l’accès erratique voire inexistant à l’eau potable et l’effondrement de toute perspective de connectivité numérique digne de ce nom.
Dans un monde où l’information et la communication constituent l’ossature même du développement, une telle carence relève moins de l’accident que de la faillite systémique.
A la tête de cet État depuis juin 2020, Evariste Ndayishimiye n’a guère su ou voulu inscrire son action dans les règles élémentaires de l’art de gouverner. Loin de proposer une vision cohérente, structurée et exigeante, son exercice du pouvoir s’est trop souvent réfugié dans un populisme de circonstance, aux accents simplistes et aux promesses creuses.
La fabrication répétée de boucs émissaires, censés masquer l’absence de réformes substantielles, n’a convaincu ni les citoyens éprouvés ni les partenaires attentifs. Or, comment prétendre éclairer la marche du continent lorsque l’on peine à maintenir allumée la lampe vacillante de son propre foyer national ?
Une présidence sans substance : l’éphémère comme horizon politique
La présidence tournante d’une organisation continentale n’est pas, en soi, une panacée ; elle est une tribune, un amplificateur, parfois un miroir impitoyable. Elle exige non seulement une stature morale et politique, mais surtout une crédibilité forgée par l’exemplarité intérieure. En l’absence de cette assise, le mandat se réduit à un épisode protocolaire, privé de toute densité historique.
Le paradoxe est alors saisissant : comment un dirigeant incapable d’enrayer l’effondrement des services publics essentiels, de restaurer la confiance économique et de garantir les conditions minimales de la dignité sociale dans son propre pays, pourrait-il se muer en force de proposition crédible pour les défis colossaux du continent africain ?
Sécurité collective, intégration économique, souveraineté monétaire, transition énergétique, révolution numérique : autant de chantiers qui requièrent rigueur intellectuelle, constance stratégique et autorité morale.
Faute de ces qualités, cette présidence s’annonce comme un passage fugace, sans empreinte ni legs. Tel un éclair dans un ciel déjà saturé de promesses non tenues, elle illuminera brièvement la scène diplomatique avant de s’évanouir, laissant derrière elle le même silence qu’auparavant.
Telle une comète sans trajectoire durable, elle ne laissera ni trace institutionnelle, ni impulsion politique, ni mémoire collective digne de ce nom.
Ainsi, au lieu d’incarner un moment de rayonnement et de responsabilité partagée, cette séquence risque de consacrer une vérité plus sombre : celle d’un pouvoir qui confond exposition et leadership, et d’un État qui, avant de prétendre guider le continent, devrait d’urgence se reconstruire lui-même au cœur même de ses fondations nationales, au Burundi.














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