L’effondrement n’est pas ici un accident de l’Histoire : il est le produit d’un choix répété, presque ritualisé, celui de préférer l’évitement à la lucidité, la manœuvre à la réforme, le calcul immédiat à la vision d’État. Lorsque les élites renoncent à la verticalité morale et à l’exigence de vérité, l’État se délite, non dans le fracas soudain, mais dans une lente et inexorable désagrégation.
Ce renoncement se manifeste par une gouvernance qui se détourne obstinément de l’essentiel. Au lieu d’affronter les causes profondes de la déliquescence, l’insécurité chronique, la prédation systémique, l’effondrement de l’autorité publique, le pouvoir s’abîme dans l’accessoire.
Il multiplie les annonces creuses, les gesticulations médiatiques, les polémiques secondaires, autant d’écrans de fumée destinés à masquer le réel plutôt qu’à le transformer. Cette agitation factice procure une illusion d’action, un simulacre d’existence politique ; elle apaise les consciences tout en abandonnant le pays à ses fractures.
Or gouverner n’est pas s’agiter : gouverner, c’est trancher dans le vif du réel, au risque de l’impopularité, mais au nom de la survie collective.
L’aveuglement volontaire comme stratégie de disparition
Refuser de regarder sa propre chute est déjà choisir la disparition. Un gouvernement qui se détourne du miroir de la réalité abdique sa fonction première : garantir la continuité de l’État et la protection du corps social.
L’aveuglement n’est pas ici ignorance, mais stratégie ; il devient un mode de gouvernement, une manière de différer l’inévitable en sacrifiant le long terme sur l’autel de la conservation immédiate du pouvoir. Ce calcul est d’autant plus funeste qu’il se pare des habits de la rationalité politique, alors qu’il n’est que la négation de toute ambition nationale.
Ainsi, la RDC ne s’effondre pas seulement parce qu’elle est assaillie de l’extérieur ou minée par des forces centrifuges ; elle s’effondre parce que ceux qui devraient incarner l’État ont cessé d’y croire autrement que comme un instrument de rente et de survie personnelle.
Là où il faudrait une refondation, on administre la fuite ; là où il faudrait une parole de vérité, on distille le mensonge commode. Or l’Histoire est implacable avec les pouvoirs qui confondent l’art de gouverner avec l’art de se dérober : ils disparaissent non dans la dignité tragique des nations vaincues, mais dans l’insignifiance amère de celles qui ont choisi de ne pas se défendre elles-mêmes.














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