La guerre comme rhétorique de légitimation

Redigé par Tite Gatabazi
Le 24 mars 2026 à 02:36

L’instrumentalisation d’un drame national d’une telle gravité, à des fins de conservation du pouvoir par le cercle gravitant autour de Félix Tshisekedi, constitue une dérive dont la portée excède de loin le simple opportunisme politique.

Elle s’apparente à une entreprise de captation cynique de la souffrance collective, où la tragédie des populations de l’Est se trouve reléguée au rang d’argument stratégique dans une rhétorique de maintien au sommet de l’État.

Sous couvert d’impératifs sécuritaires, se déploie ainsi une logique de verrouillage du pouvoir, où l’urgence nationale, loin d’appeler à la responsabilité et à la transparence, devient le socle d’une légitimation autoréférentielle, imperméable à toute reddition de comptes et réfractaire à l’exigence démocratique.

Parallèlement à cette instrumentalisation à visée politique, se greffe une exploitation d’une nature plus prosaïque encore, animée par des mobiles bassement mercantiles, incarnés notamment par des figures telles que Justin Bitakwira, Muhindo Nzangi ou Julien Paluku.

Dans cette configuration délétère, la guerre devient une rente, un levier d’influence et un espace de captation de ressources, où les intérêts particuliers prospèrent à l’ombre du chaos. Ce glissement vers une économie politique du conflit, où la détresse humaine est monnayée et recyclée en capital politique et financier, consacre une faillite morale d’une rare intensité, révélatrice d’un système où l’éthique publique cède le pas à l’avidité et au calcul intéressé.

Dans une sortie d’une rare sévérité, l’opposant Delly Sesanga dresse un réquisitoire implacable contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, accusée de détourner à des fins politiques la tragédie persistante qui endeuille l’Est de la République démocratique du Congo. Sous son verbe, la guerre, loin d’être appréhendée comme une urgence nationale exigeant rigueur, compétence et responsabilité, se voit réduite à une variable d’ajustement au service d’un pouvoir en quête de légitimité.

Ainsi se dessine une mécanique discursive où le conflit devient un alibi commode. Il justifierait les errements administratifs, absoudrait les carences structurelles et couvrirait d’un voile commode l’inefficacité patente de l’appareil étatique.

La rhétorique de l’urgence sécuritaire, martelée à dessein, permettrait d’éluder toute reddition de comptes, de dissoudre les critiques dans l’accusation de manque de patriotisme et de transformer l’échec en fatalité imposée de l’extérieur.

Plus encore, selon l’opposant, cette instrumentalisation s’accompagne d’une dérive normative préoccupante : la banalisation des antivaleurs. Corruption, clientélisme et improvisation seraient ainsi tolérés, voire indirectement encouragés, au nom d’une prétendue priorité nationale qui servirait, en réalité, de paravent à l’absence de vision stratégique. La guerre ne serait plus un défi à surmonter, mais un prétexte à exploiter.

La confiscation du débat public : entre stratégie de diversion et perpétuation du pouvoir

Au-delà de la seule justification des insuffisances, Delly Sesanga pointe un usage plus insidieux encore du conflit : celui d’un instrument de conservation du pouvoir. En invoquant une mission quasi transcendante de défense de la patrie, le régime chercherait à sacraliser son maintien à la tête de l’État, reléguant toute alternance au rang de menace pour la stabilité nationale.

Cette posture, empreinte d’un messianisme politique latent, tend à confisquer le débat démocratique. Elle substitue à la confrontation d’idées une logique d’adhésion contrainte, où la critique devient suspecte et où l’opposition est implicitement assimilée à une forme de déloyauté.

La guerre, en ce sens, n’est plus seulement un contexte : elle devient un argument d’autorité.

Enfin, l’accusation de diversion n’est pas la moindre. Dans un espace public saturé par la question sécuritaire, les enjeux socio-économiques pourtant cruciaux pour le quotidien des populations se trouvent relégués à l’arrière-plan.

La dramatisation permanente du conflit s’érige en un dispositif de captation de l’attention collective, fonctionnant comme un écran rhétorique destiné à occulter les carences endogènes de l’appareil étatique.

En saturant l’espace public d’une narration anxiogène et continue, le pouvoir substitue à l’exigence d’évaluation de son action une mobilisation émotionnelle qui suspend, sinon neutralise, toute dynamique critique.

Dans ce théâtre de l’urgence perpétuelle, les défaillances structurelles qu’elles relèvent de la gouvernance, de la gestion économique ou de l’intégrité institutionnelle se trouvent reléguées à la périphérie du débat, tandis que les impératifs de redevabilité s’étiolent sous le poids d’une mise en scène sécuritaire entretenue.

Ainsi, l’intensification discursive du péril ne vise pas tant à éclairer la nation qu’à discipliner les consciences, en substituant à la vigilance citoyenne une forme d’adhésion contrainte, nourrie par la peur et entretenue par la diversion.

Dès lors, la mise en garde de l’homme politique et opposant, Delly Sesanga résonne comme un appel à la lucidité collective : une nation ne saurait durablement se construire sur l’exploitation politique de ses propres tragédies.

La guerre, parce qu’elle engage le destin d’un peuple, exige vérité, responsabilité et hauteur d’État non son instrumentalisation au service d’intérêts contingents.

À côté de l’instrumentalisation politique, certains, comme Julien Paluku, poursuivent des intérêts purement mercantiles

Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité