La parole ministérielle à l’épreuve de la discipline républicaine

Redigé par Tite Gatabazi
Le 8 janvier 2026 à 12:10

Le ministre Muhindo Nzangi traîne de longue date la réputation d’une parole agitée, volontiers erratique, qui se perd dans des pérégrinations politiques aussi bruyantes qu’imprévoyantes.

Les mémoires n’ont pas oublié sa conférence de presse tenue à Goma, déplacement spécialement orchestré pour enjoindre publiquement les Wazalendo à « sortir du bois », au lendemain de leur incorporation pour le moins controversée au sein des FARDC, au mépris des équilibres sécuritaires et des prudences élémentaires qu’imposait alors la situation.

Le même ministre, hier encore zélateur empressé et laudateur tonitruant de son ancien mentor, l’ancien Président Joseph Kabila Kabange, n’a pas hésité à vouer aux gémonies celui qu’il glorifiait naguère à gorge déployée, illustrant ainsi une constance remarquable dans l’inconstance et une fidélité toute circonstancielle.

Le voici désormais à fissurer l’édifice gouvernemental lui-même, exposant sur la place publique ses dissonances internes et livrant l’exécutif à une fragilisation inutile, où la parole individuelle, affranchie de toute retenue institutionnelle, devient un facteur de désordre plutôt qu’un instrument de cohésion étatique.

Accusé par le ministre Muhindo Nzangi d’être un agent à la solde du Rwanda, le journaliste Steve Wembi a choisi de répondre sur la place publique, rompant le silence par une mise au point d’une rare virulence intellectuelle. Dans une publication diffusée sur le réseau X, il s’attache moins à se défendre personnellement qu’à interroger la portée politique et institutionnelle d’une récente sortie médiatique du ministre, qu’il estime profondément problématique au regard de la situation sécuritaire dramatique qui prévaut dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Selon Steve Wembi, alors que le pays est confronté à une crise aiguë marquée Muhindo Nzangi aurait publiquement défié l’autorité du président Félix Tshisekedi en accordant une interview à un média de Kinshasa réputé proche du pouvoir.

Au cours de cet entretien, le ministre se serait livré à une charge sévère contre les FARDC, allant jusqu’à affirmer que, l’armée aurait abandonné plusieurs territoires stratégiques aux groupes rebelles. Une telle déclaration, dans un contexte de guerre et de fragilité nationale extrême, apparaît moins comme une analyse lucide que comme une mise en cause publique de l’institution militaire, pilier central de la souveraineté nationale.

La gravité de cette prise de parole tient d’autant plus à son caractère intempestif qu’elle survient quelques jours seulement après un rappel à l’ordre solennel du chef de l’État. Lors du Conseil des ministres du vendredi 2 janvier 2026, Félix Tshisekedi avait en effet fermement rappelé à l’ensemble des membres du gouvernement l’impératif d’une communication rigoureusement encadrée, unifiée et disciplinée, condition sine qua non de la crédibilité de l’État.

En se livrant à une sortie médiatique individuelle, dissonante et mal calibrée, Muhindo Nzangi semble ainsi s’être affranchi de cette directive présidentielle, exposant l’exécutif à une cacophonie dangereuse et à une fragilisation de l’autorité de l’État.

Responsabilité politique, ambiguïtés du sommet et risques de fracture

Au-delà de la polémique immédiate, Steve Wembi adresse une interpellation directe et grave au président de la République. Il estime que certaines déclarations incontrôlées de responsables politiques et militaires, loin d’éclairer l’opinion, contribuent à exacerber les tensions sociales, à nourrir la défiance envers les institutions et à radicaliser une population déjà éprouvée par des années de conflit et d’humiliations sécuritaires.

Dans un tel climat, chaque mot prononcé par un ministre acquiert une portée explosive, susceptible d’alimenter les fractures internes plutôt que de renforcer l’unité nationale.

Le journaliste va plus loin encore en avertissant que l’absence de toute sanction à l’encontre de Muhindo Nzangi, surtout après la sanction infligée au Général Sylvain Ekenge pour des propos jugés déviants, ne saurait être perçue comme une simple négligence.

Elle risquerait d’être interprétée comme une validation tacite, voire une orchestration délibérée, de cette critique publique des FARDC par le sommet de l’État lui-même. Steve Wembi rappelle à cet égard que Félix Tshisekedi avait déjà qualifié publiquement, l’armée héritée de ses prédécesseurs d’« armée de clochards », suggérant ainsi l’existence d’une ligne politique constante visant à imputer les revers militaires aux seules insuffisances structurelles des forces armées.

En filigrane, se dessine une question autrement plus lourde de conséquences : le pouvoir congolais cherche-t-il à assumer collectivement les défis sécuritaires du pays, ou s’emploie-t-il à construire un récit commode où l’armée, livrée à la vindicte verbale de ses propres autorités, sert de bouc émissaire aux échecs stratégiques ?

Dans un État éprouvé par la guerre et la défiance, cette ambiguïté n’est pas anodine. Elle engage la responsabilité du sommet, la solidité des institutions et, in fine, la capacité de la nation à affronter ses périls sans se déchirer elle-même.

Le ministre Muhindo Nzangi traîne de longue date la réputation d’une parole agitée, volontiers erratique, qui se perd dans des pérégrinations politiques

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