Urgent

La perversion de la parole publique ou du ministère de l’information à l’office de la discorde

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 janvier 2026 à 01:41

Depuis l’accession de Patrick Muyaya au poste de ministre de la Communication et des Médias, assorti de la fonction stratégique de porte-parole du gouvernement congolais, la parole publique a subi une mutation inquiétante, tant dans sa finalité que dans sa tonalité.

Loin d’incarner la mission républicaine de clarification, d’apaisement et de cohésion nationale, cette parole s’est progressivement muée en un instrument de polarisation, évoquant, par ses mécanismes et ses effets, les heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité, lorsque l’information cessait d’éclairer pour devenir une arme.

A rebours de l’éthique ministérielle, Patrick Muyaya semble avoir endossé un rôle inverse à celui qui lui était dévolu : non plus garant d’une communication responsable, mais figure centrale d’une rhétorique de la haine et de l’inversion des valeurs.

Sa parole, loin d’être un vecteur de vérité, se déploie comme une langue malveillante qui ne se contente pas de dire, mais qui blesse, altère et corrompt. Elle avance avec l’assurance trompeuse de la certitude, dissémine le mensonge, nourrit le soupçon et érige la peur en principe de gouvernement.

Sous couvert d’un discours prétendument patriotique, cette rhétorique accumule les amalgames, souvent forgés dans l’ignorance, mais plus encore dans une mauvaise foi assumée et un fanatisme méthodiquement entretenu.

La vérité, dans ce registre discursif délétère, n’est plus recherchée ni même respectée : elle est méthodiquement travestie, soumise à un travail de falsification qui en altère la substance jusqu’à l’irreconnaissable.

Les faits, arrachés à leur contexte, sont tordus, amplifiés ou réduits selon les besoins du récit imposé, tandis que l’exagération devient une technique rhétorique à part entière, destinée à frapper les esprits plutôt qu’à éclairer les consciences.

Cette manipulation consciente de la réalité ne procède pas d’une simple erreur d’analyse, mais d’une volonté délibérée de substituer à la complexité du réel une fiction commode, calibrée pour susciter l’adhésion émotionnelle et neutraliser toute pensée critique.

Par ce procédé, la réalité elle-même se voit dépouillée de son intelligibilité : elle n’est plus ce qui doit être compris, mais ce qui doit être dominé par le récit officiel. Les inventions pures, présentées avec l’assurance de la vérité révélée, achèvent de brouiller les repères et de dissoudre la frontière entre le vrai et le faux.

Il en résulte un paysage mental confus, où le citoyen, privé de points d’ancrage fiables, se trouve exposé à la peur, au soupçon et à la défiance généralisée. Ainsi, ce n’est pas seulement la vérité qui est violentée, mais la capacité même de la société à se penser lucidement et à se maintenir dans un horizon commun de sens.

Ce faisant, la parole officielle cesse d’être un socle commun pour devenir un facteur de désagrégation morale et sociale.

La fabrique de la haine et la responsabilité morale de ses relais

Plus grave encore que la parole elle-même est l’écosystème qu’elle a engendré. A coups de rétributions sonnantes et trébuchantes, des dizaines de Congolais ont été enrôlés dans une entreprise de diffusion massive du discours de haine, notamment sur les réseaux sociaux, transformés en arènes de lynchage symbolique et d’hostilité ethnique.

Ces relais zélés, agissant sous l’impulsion directe ou indirecte du pouvoir, inondent l’espace numérique de propos stigmatisants, visant en particulier les Tutsi, au mépris de toute responsabilité historique et humaine.

Cette mécanique de propagande ne se contente pas d’attaquer un groupe désigné : elle sape en profondeur le tissu social. Elle divise des cœurs qui étaient proches, fracture des liens familiaux et communautaires, installe la méfiance là où régnait la solidarité, et projette l’ombre sur des espaces autrefois éclairés par le vivre-ensemble.

En instrumentalisant les peurs et les rancœurs, elle substitue à la complexité du réel une vision manichéenne, où l’autre est réduit à une menace abstraite et déshumanisée.

Mais cette parole toxique, en définitive, en dit peut-être plus long sur ceux qui la portent que sur ceux qu’elle prétend viser. Elle révèle l’obscurité intérieure, la haine latente et la faillite morale de tous ceux qui ont accepté d’être les agents de cette entreprise de division.

En se faisant les vecteurs conscients de la stigmatisation et de la discorde, ils endossent une lourde responsabilité historique : celle d’avoir préféré la servitude idéologique et l’avantage matériel à l’exigence de vérité et à la dignité humaine.

Ainsi, au-delà de la dénonciation d’un homme ou d’une fonction, c’est toute une dérive qu’il convient de mettre en lumière : celle d’un pouvoir qui, faute de projet fédérateur, choisit la haine comme langage politique.

Or l’histoire enseigne, avec une constance tragique, que les nations qui laissent prospérer une telle parole finissent toujours par en payer le prix, en fractures irréparables et en drames durables.

Depuis l’arrivée de Patrick Muyaya, la parole publique du gouvernement congolais est jugée préoccupante par son ton et sa finalité

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