Le cessez-le-feu trahi ou l’épreuve de la parole donnée

Redigé par Tite Gatabazi
Le 26 février 2026 à 11:44

Lorsque, à la demande expresse du président angolais João Lourenço, le gouvernement congolais, par communiqué de la Présidence de République a publiquement déclaré accepter un cessez-le-feu, nombre d’observateurs ont voulu y voir l’amorce d’un infléchissement salutaire, sinon d’un véritable tournant diplomatique.

L’initiative de l’Angola, engagée dans une médiation régionale délicate, avait suscité un frémissement d’espérance dans une région trop longtemps meurtrie par l’instabilité chronique et les surenchères martiales.

Or, la multiplication des attaques par drones, intervenant en dépit de cet engagement solennel, constitue bien davantage qu’un incident technique ou qu’une escarmouche périphérique. Elle représente une mise en cause frontale de la parole donnée. Le cessez-le-feu n’est pas un simple arrangement tactique ; il est un acte de foi minimale entre adversaires, un pacte fragile qui repose sur l’idée que, malgré la défiance, subsiste encore un espace pour l’honneur.

En choisissant de poursuivre, voire d’intensifier, des opérations offensives par des moyens technologiques sophistiqués, le Président Tshisekedi envoie un signal désastreux : celui d’un engagement vidé de sa substance, d’une diplomatie instrumentalisée comme simple levier de communication.

La guerre contemporaine, avec ses drones et ses frappes à distance, prétend offrir l’illusion d’une maîtrise froide et chirurgicale ; mais elle n’en demeure pas moins une violation tangible de l’esprit et de la lettre d’un cessez-le-feu accepté.

Ce faisant, ce ne sont pas seulement des positions militaires qui sont visées, mais l’architecture même de la confiance régionale. La médiation angolaise se trouve publiquement désavouée, et, avec elle, la crédibilité des mécanismes africains de résolution des conflits.

Or, dans un contexte où l’Afrique entend affirmer sa capacité à traiter ses propres crises sans tutelle extérieure, une telle désinvolture à l’égard des engagements pris est lourde de conséquences symboliques.

L’usure des partenaires et l’exigence d’une réponse proportionnée

Il est un seuil au-delà duquel la patience diplomatique se mue en lassitude. Les partenaires régionaux et internationaux, déjà échaudés par des retournements successifs et des promesses non tenues, voient dans cette persistance des frappes une confirmation d’un schéma désormais récurrent : celui d’engagements proclamés avec emphase, puis vidés de leur substance par des actes contradictoires.

La répétition de tels manquements n’est pas anodine. Elle installe l’idée que la parole officielle n’engage plus que ceux qui veulent bien y croire. Or, la diplomatie repose précisément sur la crédibilité cumulative des engagements. Lorsqu’un État s’exonère systématiquement de la cohérence entre ses déclarations et ses actes, il ne sape pas seulement un processus particulier ; il altère son propre capital de confiance.

Dans ces conditions, une réponse s’impose non pas dictée par l’emportement, mais par le principe de responsabilité. Répondre « à la mesure des manquements » ne signifie pas céder à l’escalade aveugle ; cela implique de rappeler, par des moyens proportionnés et réfléchis, que le respect des engagements internationaux n’est pas une option rhétorique mais une obligation politique et morale.

Il appartient aux acteurs régionaux, au premier rang desquels la médiation angolaise, d’exiger des garanties vérifiables et des mécanismes de contrôle effectifs. Il appartient également aux partenaires internationaux de sortir de la complaisance prudente qui confine parfois à l’indulgence stratégique.

La paix ne peut être un slogan périodiquement invoqué puis méthodiquement contredit.

À défaut, le cessez-le-feu ne sera plus qu’un mot creux, et la diplomatie un théâtre d’ombres où l’on signe le jour ce que l’on détruit la nuit. Dans une région déjà éprouvée par les tragédies du passé, l’heure n’est plus aux simulacres. Elle est à la cohérence, à la fermeté lucide, et à la restauration d’une parole publique qui engage réellement ceux qui la prononcent.

L’initiative angolaise avait suscité de l’espoir dans une région meurtrie, mais les offensives meurtrières de Kinshasa montrent que la violence persiste malgré cette médiation

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