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Le rapport de l’ONU éclaire les responsabilités de la RDC dans l’insécurité à l’est du pays

Redigé par Tite Gatabazi
Le 10 juillet 2024 à 11:17

Depuis 2004, la guerre du Kivu oppose de nombreux groupes armés dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), causant des millions de morts.

Le dernier rapport du groupe d’experts des nations unies publié le 8 juillet, met en lumière les responsabilités du gouvernement congolais.

Le Président congolais Tshisekedi a même décrit l’utilisation d’enfants soldats comme un « cas de force majeure ».

La province du Nord Kivu, le long de la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda, est marquée par des décennies de conflit.

Le groupe d’experts des nations unies sur la RDC a rédigé un rapport détaillant la situation catastrophique des populations locales.

Le rapport, basé sur des sources de terrain, souligne le rôle des acteurs étatiques, des officiers supérieurs, des leaders locaux, notant que le conflit a déplacé un million de personnes depuis mi-octobre 2023.

Le Mouvement du 23 mars (M23), créé en 2012, rassemble d’anciens rebelles du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) intégrés dans l’armée congolaise suite à un accord de paix signé le 23 mars 2009.

Le M23 a repris les armes en 2012, avant de les déposer l’année suivante, puis s’est révolté à nouveau en 2021, prenant la ville de Bunagana en 2022.

Pour contrer les menaces du M23, les Forces armées de la RDC (FARDC) collaborent avec des groupes armés locaux tels que les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et FDLR, une milice composée d’anciens génocidaires hutus.

Cette alliance, appelée Wazalendo, lutte aux côtés de l’armée congolaise en plus des troupes burundaises et ceux de la SADC contre le M23, exacerbant les violences contre les civils.

Les enfants soldats sont utilisés par les forces de sécurités congolaises à des niveaux alarmants, sans mesures concrètes pour contrer ce fléau. Le rapport indique que plus de 1000 recrues ont été formées entre 2023 et 2024, dont au moins 20 % étaient des mineurs.

Les Forces Démocratiques Alliées (ADF), un groupe armé ougandais, ont intensifié leurs opérations dans le Nord de la RDC depuis mi-octobre, causant de nombreux ravages.
Selon les experts, l’ADF est le groupe armé ayant commis le plus grand nombre de tueries en RDC en 2023, avec plus de 1000 personnes tuées, principalement des civils.

Le groupe, allié à l’État islamique depuis 2017, collabore avec d’autres groupes armés congolais et est impliqué dans diverses activités criminelles. Malgré des opérations militaires de l’armée ougandaise, l’ADF continue de lancer des attaques le long de la frontière entre la RDC et l’Ouganda.

L’exploitation des ressources naturelles par ces milices à la solde des autorités congolaises tant civiles que militaires contribue à la déstabilisation économique et sociale de la région.

Le rapport accuse des fonctionnaires et des militaires congolais de complicité et de corruption dans ces activités illégales.

L’ONU demande au gouvernement de la RDC d’enquêter sur l’utilisation d’armes explosives dans les zones peuplées, de cesser toute collaboration avec les groupes armés, et de poursuivre les responsables de violations et d’activités illégales.

Ils recommandent également le démantèlement des réseaux ADF dans les prisons et la poursuite des autorités impliquées dans ces activités.

La situation du Nord Kivu est un exemple frappant des complexités inhérentes aux conflits modernes, où les lignes entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles sont souvent floues.

Le M23, avec ses racines dans le CNDP, illustre comment les accords de paix peuvent être temporaires et fragiles. La résurgence du M23 en 2021 et la prise de Bunagana montrent que le non-respect des accords par le gouvernement congolais fait face aux réalités politiques et militaires sur le terrain.

Le rôle des FARDC et leur alliance avec des groupes tels que les VDP et les FDLR ainsi que les mercenaires soulèvent des questions éthiques et pratiques sur l’utilisation de milices locales pour combattre d’autres groupes armés.

Cette stratégie peut temporairement renforcer les capacités militaires du gouvernement, mais elle risque également de légitimer des acteurs non étatiques qui commettent des atrocités contre les civils.

Les activités de l’ADF ajoutent une dimension régionale au conflit, rendant la situation encore plus difficile à résoudre. Les liens de l’ADF avec l’État islamique et d’autres groupes armés locaux montrent comment les conflits locaux peuvent être exacerbés par des dynamiques internationales.

Les efforts de l’armée ougandaise pour contrôler l’ADF semblent insuffisants, ce qui souligne la nécessité d’une coopération régionale plus robuste.

Enfin, l’exploitation des ressources naturelles par les milices et la complicité des politiciens membres du gouvernement, de l’assemblée nationale, des leaders locaux et militaires congolais illustrent comment la guerre est perpétuée non seulement par des motivations politiques, mais aussi par des intérêts économiques.

Les recommandations de l’ONU, bien qu’essentielles, nécessitent une volonté politique et une capacité de mise en œuvre qui ont souvent fait défaut dans la région.

Résoudre le conflit à l’Est de la RDC demande une approche multifacette qui inclut des réformes politiques, une meilleure gouvernance, des efforts de désarmement et une coopération régionale accrue.

Sans ces éléments, la région risque de rester dans un cycle perpétuel de violence et d’instabilité par la faute principale du gouvernement congolais.


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