Des réfugiés congolais au Rwanda interpellent la communauté internationale sur les violences en RDC

Redigé par IGIHE
Le 7 janvier 2026 à 10:31

Des représentants de réfugiés congolais vivant dans cinq camps au Rwanda ont lancé un appel pressant à une vingtaine d’ambassades et d’organisations internationales, dont les Nations unies, pour dénoncer les discriminations et les violences persistantes visant les communautés kinyarwandaphones en République démocratique du Congo (RDC).

Les réfugiés affirment que les zones de l’est de la RDC d’où ils ont fui - qui sont passées aujourd’hui largement sous le contrôle de groupes armés tels que l’AFC/M23 et Twirwaneho - sont relativement plus stables que d’autres régions du pays. Cette évolution nourrit, selon eux, un espoir prudent quant à la possibilité d’un retour en toute sécurité.

Une tournée diplomatique à Kigali

Ce 7 janvier 2025, les représentants des réfugiés ont entamé une série de visites diplomatiques à Kigali, débutant par l’ambassade des États-Unis avant de se rendre auprès des ambassades du Qatar, de la Chine, de la Russie, de la France, de la RDC, ainsi que d’autres missions diplomatiques. Ils ont également rencontré des responsables d’agences des Nations unies au Rwanda et de la délégation de l’Union européenne.

Munis de banderoles dénonçant la haine et la discrimination, ils ont remis une pétition de dix pages détaillant les abus subis dans leur pays d’origine et appelant la communauté internationale à intervenir. Une autre banderole exposait des photos de dirigeants politiques congolais accompagnées de messages condamnant les violences qui ont forcé leurs familles à l’exil, parfois depuis plus de trente ans.

« La haine ne s’est jamais arrêtée »

Parmi les témoignages, celui d’Agnes Uwimana, arrivée au Rwanda en 1996 à l’âge de 12 ans et aujourd’hui résidente du camp de Kiziba, dans le district de Karongi, illustre la persistance des traumatismes.

« La discrimination et la haine à notre encontre n’ont jamais cessé, même après plus de trente ans d’exil. Les violences et les persécutions continuent, et des réfugiés fuient encore la RDC », confie-t-elle. « Nous avons besoin que la communauté internationale plaide pour notre retour en toute sécurité. Grandir en exil et y élever des enfants reste un défi. La justice doit aussi être rendue contre ceux qui propagent des discours divisionnistes et dangereux. »

Sebutezi Edison Munyakarambi, qui vit depuis plus de treize ans dans le camp de Kigeme, dans le district de Nyamagabe, déplore quant à lui le fait d’être traité comme un étranger dans son propre pays.

« En 2012, lorsque le conflit s’est aggravé, le gouverneur du Sud-Kivu, Julien Paluku, nous avait menacés en affirmant que toute personne qui prendrait l’initiative de rester chez elle risquait la mort. Ils nous traitaient d’étrangers », raconte-t-il.

Selon lui, il est crucial de mobiliser l’opinion internationale afin de faire pression sur les autorités congolaises pour qu’elles mettent fin aux discriminations et créent les conditions d’un retour sûr et digne des réfugiés.

Des espoirs ravivés à l’est de la RDC

Installée depuis trois ans dans le camp de Nkamira, dans le district de Rubavu, Kalinda Chance Uwase explique avoir dû abandonner ses études secondaires et son rêve de devenir médecin à cause du conflit. Elle estime toutefois que la situation évolue.

« Les récents développements dans l’est de la RDC, notamment la relative stabilité dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 et Twirwaneho, nous redonnent espoir », affirme-t-elle.

Cette mobilisation intervient quelques jours après des manifestations pacifiques organisées le 1ᵉʳ janvier dans plusieurs camps de réfugiés au Rwanda. Les protestataires dénonçaient les discours de haine proférés par le général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des Forces armées de la RDC (FARDC).

Le 27 décembre 2025, lors d’une émission diffusée à la télévision nationale congolaise, le général-major Ekenge avait tenu des propos visant les Tutsis congolais, allant jusqu’à déconseiller les mariages avec des femmes tutsies. Ces déclarations ont provoqué une vague d’indignation et une pression diplomatique accrue.

Face aux critiques, les autorités congolaises ont annoncé la suspension du haut responsable militaire. Une mesure jugée insuffisante par les réfugiés.

« La haine est profondément enracinée en eux », estiment-ils. « La responsabilité ne peut pas se limiter à une simple suspension. Il faut des actions concrètes pour mettre fin aux discours et aux actes qui menacent nos vies. »

Des représentants de réfugiés congolais vivant dans des camps au Rwanda ont lancé un appel pressant à une vingtaine d’ambassades et d’organisations internationales
Agnes Uwimana, arrivée au Rwanda en 1996 et résidant au camp de Kiziba, a déclaré qu’elle avait fui en raison de la discrimination, encore persistante aujourd’hui
Kalinda Chance Uwase, présente au camp de Nkamira dans le district de Rubavu, a fait savoir qu’elle avait dû abandonner ses études en raison du conflit
Les réfugiés congolais au Rwanda ont adressé une pétition à 20 ambassades pour réclamer justice face aux abus en RDC
Les réfugiés congolais ont condamné les autorités congolaises pour leur rôle dans la perpétuation d’un climat de haine
Les réfugiés congolais ont exhorté les Nations unies à ne pas fermer les yeux sur la discrimination envers leurs compatriotes
Sebutezi Edison Munyakarambi, qui a passé plus de 13 ans au camp de Kigeme à Nyamagabe avec sa famille, a indiqué qu’ils en ont assez d’être considérés comme des étrangers dans leur propre pays

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