Les Eglises en RDC ou l’avant-garde de la raison

Redigé par Tite Gatabazi
Le 9 janvier 2026 à 05:53

Il aura fallu des mois de tumulte, d’invectives enfiévrées, de procès en sorcellerie et de paranoïa d’État pour que le chef de file de l’UDPS, dans un éclair de lucidité tardif et presque posthume, découvre les vertus élémentaires du dialogue, mais en retard abyssal.

Que nul ne se méprenne : le cardinal Fridolin Ambongo, la CENCO et l’ECC avaient depuis longtemps pris plusieurs longueurs d’avance sur une classe politique congolaise en état avancé de déliquescence morale.

Là où l’Église énonçait la paix, la prudence et la lucidité, les autoproclamés gardiens du pouvoir vociféraient : trahison, complot, collusion fantasmée avec le Rwanda.

En ce temps-là, le simple fait d’évoquer le dialogue suffisait à vous vouer à l’opprobre publique, comme si la parole apaisée constituait en soi une forfaiture politique.

Réfléchir, peser les enjeux, tenter de comprendre les ressorts profonds de la crise relevait d’une hérésie intolérable, immédiatement frappée d’anathème par une orthodoxie du vacarme érigée en dogme.

Quant à l’appel à la paix, il ne suscitait ni débat ni examen, mais se voyait assimilé à une obscure entreprise de sorcellerie, tant la raison était bannie d’un espace politique livré à la suspicion, à l’invective et à la sacralisation de l’aveuglement.

Dialoguer relevait alors du crime, réfléchir se voulait hérésie et appeler à la paix relevait d’une accusation de sorcellerie.

Dans cette clairvoyance stratégique et patriotique, l’Église n’était pas seulement prophétique : elle incarnait la conscience du pays, mesurant les risques, anticipant les enjeux et traçant un chemin de stabilité que la politique du régime semblait incapable de percevoir.

L’ironie du pouvoir

Aujourd’hui, cette sagesse naguère conspuée est devenue la ligne officielle. Ironie suprême : l’UDPS, championne olympique de l’invective, de la désinformation et de la propagande à deux balles contre l’Église catholique et les Églises protestantes, chemine désormais exactement sur les traces qu’elle raillait, mais avec la maladresse ridicule de l’imitateur pris en flagrant délit.

Et pour parfaire ce théâtre de l’absurde, Félix Tshisekedi s’est vu contraint de solliciter l’intervention du président angolais João Lourenço afin de relancer le dialogue, le même médiateur que l’on ignorait hier, méprisait avant-hier et encensait personne.

Ainsi va le Congo officiel : il finit toujours par écouter ceux qu’il ridiculisait la veille, révélant l’incapacité chronique d’une classe politique à réfléchir au-delà de l’émotion et de l’invective.

Lorsque le dialogue devient soudainement « congolais », lorsque la prophétie de l’Église s’avère trop précoce pour la mémoire politique, le masque tombe. Le ventriloque se tait et la marionnette demeure seule sur la scène de l’Histoire, ses fils emmêlés, impuissante face à l’évidence d’une lucidité qu’elle n’a jamais su comprendre ni incarner.

Ainsi se confirme, une fois de plus, que la CENCO et l’Église congolaise demeurent les seuls acteurs capables d’une réflexion stratégique et patriotique, bien au-delà des logorrhées du pouvoir, de la désinformation et des outrances d’une politique de l’émotion, incapable de se hisser à la hauteur des enjeux nationaux.

La CENCO et l’Église congolaise apparaissent comme les seuls acteurs capables d’une réflexion stratégique et patriotique, loin de la désinformation du pouvoir

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