Quand Kinshasa sacrifie la crédibilité sur l’autel de l’effet d’annonce

Redigé par Tite Gatabazi
Le 5 janvier 2026 à 02:48

Il ne se passe guère un jour à Kinshasa sans qu’une scène de propagande ne vienne masquer la réalité complexe des conflits dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans un élan de communication spectaculaire, les autorités s’empressent de transformer chaque événement militaire en théâtre médiatique, chaque arrestation en tribune publique et chaque confrontation sur le terrain en scénario soigneusement orchestré.

Le 3 janvier 2026, cette logique s’est matérialisée par la présentation à la presse de quinze soldats supposément liés à l’AFC/M23, accompagnés de civils étrangers. Cette mise en scène, destinée à démontrer la vigilance des forces armées et la souveraineté nationale, illustre surtout une inquiétante précipitation où la réflexion stratégique est sacrifiée sur l’autel de l’opportunisme politique.

Chaque jour apporte son lot de contre-vérités, de manipulations grossières et de caricatures historiques. Hier, des bouviers ont été confondus avec des militaires rwandais ; hier encore, des images satellitaires illisibles étaient exhibées comme preuves irréfutables.

Ces approximations répétées traduisent non seulement une méconnaissance inquiétante des impératifs de vérification, mais également un mépris implicite pour l’intelligence et la capacité d’analyse du public congolais ainsi que des observateurs internationaux. Car la communication militaire ne saurait se réduire à un spectacle : elle exige discernement, rigueur et responsabilité.

L’opportunisme prend ici une forme particulièrement perverse : il consiste à instrumentaliser la peur, la détresse et la misère du peuple pour masquer l’incapacité structurelle de l’État à garantir réellement la sécurité dans l’Est.

Les affrontements se poursuivent autour d’Uvira et dans les zones stratégiques du Nord et Sud-Kivu, tandis que les armes, elles, ne s’arrêtent ni pour la presse ni pour les annonces gouvernementales. La médiatisation hâtive de prétendus éléments militaires, loin d’apaiser le conflit, détourne l’attention des véritables enjeux et transforme des opérations en propagande superficielle.

Cette précipitation compromet la crédibilité même des institutions. La complexité du terrain marquée par la multiplicité des acteurs armés et les alliances fluctuantes exige une approche mesurée et méthodique, fondée sur la vérification rigoureuse des informations et sur une communication stratégique prudente.

Présenter des soldats ou des civils comme éléments d’un complot étranger sans preuves tangibles ne fait pas la démonstration de la vigilance de l’État : elle affaiblit sa légitimité et nourrit le scepticisme tant au niveau national qu’international. La répétition de telles scènes hâtives crée un précédent dangereux, celui d’un pays qui confond communication avec action et démonstration avec stratégie.

Il est urgent de réaffirmer que la souveraineté et la légitimité se construisent sur la vérité et la rigueur, non sur l’effet d’image. Chaque arrestation publique devrait être précédée d’une enquête approfondie, d’une contextualisation claire et d’une réflexion sur les conséquences politiques et sécuritaires.

Dans un contexte où la vie des Congolais est suspendue aux décisions de leurs dirigeants, le moindre excès de précipitation n’est pas seulement un défaut de stratégie : c’est une véritable trahison morale et civique.

En définitive, les forces armées congolaises ne doivent pas confondre vigilance et mise en scène, ni sécurité et propagande. Une stratégie réfléchie, prudente et méthodique, combinée à une communication rigoureuse et responsable, seule, permettra de concilier efficacité militaire et crédibilité institutionnelle.

Car dans un espace où la guerre et la diplomatie s’entrelacent, chaque parole, chaque image et chaque arrestation publique devient un élément constitutif de l’histoire que l’on écrit pour le pays et pour sa mémoire.

Il ne se passe guère un jour à Kinshasa sans qu’une scène de propagande ne vienne masquer la réalité complexe des conflits dans l’Est de la RDC

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