Ce vote n’est pas une simple formalité : il consacre une forme de confiance politique, une reconnaissance de la capacité d’un pays à contribuer à la paix et à la sécurité internationales. Le mandat, d’une durée de deux ans, confère la possibilité et surtout l’obligation de se prononcer sur les crises, d’assumer des responsabilités en matière de maintien de la paix, de sanctions, d’embargos et de résolutions engageant la communauté des nations.
Ce siège est moins un trophée qu’une charge, moins une distinction honorifique qu’une exigence de cohérence et d’exemplarité.
L’entrée de la République démocratique du Congo au Conseil de sécurité en qualité de membre non permanent a été présentée, par la ministre des Affaires étrangères, Madame Kayikwamba, comme un événement quasi historique, à grand renfort de discours solennels destinés à capter l’attention de l’opinion. L’on a soigneusement évité les formules usées de la « diplomatie agissante », mais l’exercice en a gardé le parfum. La rhétorique est ample, l’autosatisfaction palpable ; pourtant, la réalité demeure obstinément cruelle.
Car on ne saurait prétendre servir la paix du monde lorsque, chez soi, l’État peine encore à garantir la sécurité de ses propres citoyens, l’intégrité de son territoire et la justice pour les victimes de violences répétées.
La République démocratique du Congo entre dans le cénacle chargé de dire le droit international alors que, sur son sol, l’illégalité armée prospère, l’impunité s’invite en contrebande et le sang des innocents n’a pas encore trouvé, partout, de tribun prêt à le défendre jusqu’au bout.
Devenir membre du Conseil de sécurité est certes un honneur ; mais c’est surtout et peut-être avant tout un miroir impitoyable. Dans ce miroir se reflètent moins les déclarations officielles que les réalités quotidiennes : villes assiégées, populations déplacées, institutions fragilisées, confiance civique érodée.
La crédibilité internationale ne se décrète pas par communiqué : elle se bâtit par des actes tangibles, par la protection effective des citoyens, par la lutte résolue contre la corruption, par la restauration de l’autorité de l’État non pas contre mais au service du peuple.
Il est aisé, dans les enceintes feutrées de New York, d’invoquer les grands principes ; paix, sécurité collective, règlement pacifique des différends. Il est plus ardu de leur donner chair dans les collines et les villes de l’Est congolais, où la guerre n’est pas un concept mais une expérience vécue.
Avant de prétendre incarner la conscience du monde, la RDC doit d’abord se montrer à la hauteur de sa propre conscience nationale : protéger les vies, respecter les droits, sanctionner les auteurs de violences, bannir le double langage entre l’extérieur et l’intérieur.
Le monde n’attend pas de nouveaux hymnes diplomatiques, mais des résultats concrets. Il n’attend pas des proclamations en assemblée, mais des changements mesurables dans la vie des populations. Or, sur ce terrain décisif, la RDC apparaît trop souvent en retrait, absorbée par les postures plus que par les réformes, par la mise en scène du prestige international plus que par l’exigence de cohérence interne.
Si le siège au Conseil de sécurité doit avoir un sens, il doit servir de rappel sévère : on ne peut parler la langue de la paix universelle sans entendre d’abord le cri de ses propres citoyens. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que l’honneur international cessera d’être un décor et deviendra une véritable responsabilité historique.














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