Masisi ou quand le langage édulcoré devient une complicité morale

Redigé par Tite Gatabazi
Le 4 janvier 2026 à 12:30

Les événements tragiques survenus à Masisi le 2 janvier 2026 jettent une lumière crue sur l’abîme qui sépare les discours convenus des réalités vécues par les populations du Nord-Kivu.

Médecins Sans Frontières rapporte l’admission, à l’hôpital général de référence de Masisi, de quarante-deux blessés parmi lesquels de nombreux enfants et femmes, victimes d’éclats d’explosifs et d’autres traumatismes, à la suite d’une frappe aérienne des drones sur une zone résidentiellle. Il ne s’agit pas d’une fatalité anonyme : tout indique qu’il est question d’une opération conduite par les forces gouvernementales congolaises dans une localité peuplée de civils.

Face à une telle gravité, l’on aurait attendu des paroles claires, une désignation nette des responsabilités et un appel sans ambiguïté à la reddition de comptes. Or, c’est tout l’inverse qui se produit. Dans un communiqué aussi tiède qu’évasif, la MONUSCO se déclare « profondément préoccupée » par des informations faisant état d’une frappe de drone à Masisi-centre et condamne, de manière générale, toute attaque affectant les civils.

Une périphrase chasse l’autre ; les formules impersonnelles se succèdent ; le sujet véritable demeure soigneusement contourné. Le nom de l’auteur présumé, le gouvernement congolais lui-même, avec lequel la MONUSCO entretient une coopération opérationnelle et logistique constante semble devenir indicible, comme s’il s’agissait d’un tabou diplomatique plutôt que d’une exigence morale.

Ce malaise est manifeste. Il suinte dans les lignes prudentes du communiqué, dans l’aseptisation du vocabulaire, dans l’obsession de ne pas « froisser ». L’organisation onusienne, censée incarner la protection des civils, se retrouve embarrassée au point d’ajouter au drame humain un second drame : celui de la dilution des responsabilités dans un langage administratif et indigestement général.

Les mots, au lieu d’éclairer, deviennent un voile ; au lieu de secourir, ils anesthésient.

Au-delà de la seule MONUSCO, c’est l’ensemble de la communauté internationale ; agences multilatérales, chancelleries, organisations dites de défense des droits humains qui semble s’être installée dans une étrange attitude de semi-cécité.

Tous voient, tous entendent, tous savent. Et pourtant si peu réagissent, sinon par des formules convenues, calibrées, soigneusement dépouillées de tout tranchant. Le souci diplomatique d’équilibre se substitue à la parole de vérité ; la prudence politique prend la place de la solidarité active avec des populations meurtries.

Ainsi, pendant que la sémantique officielle s’emploie à arrondir les angles, des familles sont brisées, des vies basculent irrémédiablement, et la banalisation de l’inacceptable gagne du terrain.

Il est urgent de rompre avec cette liturgie des communiqués tièdes et des indignations abstraites. La protection des civils ne saurait être un slogan à géométrie variable : elle impose de nommer les faits, d’identifier les responsabilités et d’exiger que justice soit rendue.

Faute de quoi, le mutisme relatif et le recours aux euphémismes ne seront pas seulement des fautes politiques : ils deviendront une forme de complicité morale avec la souffrance des innocents, ce que l’Histoire, tôt ou tard, ne manque jamais de rappeler.

Les tragiques événements de Masisi mettent brutalement en évidence le fossé entre les discours officiels et la réalité quotidienne vécue par les populations du Nord-Kivu

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