Elles révèlent, une fois encore, l’existence d’un mode opératoire désormais tristement rodé : des officiers indélicats, en collusion avec des relais politiques et certains circuits commerciaux, organiseraient le détournement, voire la production frauduleuse de quantités massives d’effets militaires, ensuite écoulés auprès des ADF.
Ce commerce de la honte n’est pas une simple infraction logistique ; il constitue un acte de haute trahison, car il arme l’ennemi de l’intérieur et transforme l’emblème de l’État en instrument de mort.
Les accusations publiques portées par Maître Joël Kitenge, évoquant des liens allégués entre certains responsables politiques et les ADF, dont nommément les ministres Muhindo Nzanghi et Julien Paluku y compris des députés du Nord Kivu appellent à la plus grande rigueur institutionnelle.
Elles ne sauraient être balayées d’un revers de main ni instrumentalisées : elles exigent une vérification judiciaire indépendante, exhaustive et transparente. Car le mécanisme dénoncé produit des effets d’une cruauté méthodique : revêtus d’uniformes officiels, les assaillants pénètrent les villages, encerclent les populations, neutralisent toute méfiance par la ruse de l’apparence légale.
La confiance ainsi abusée se mue en instrument de mort, retournée contre ceux-là mêmes qu’elle devait préserver. Trompées par l’apparence de la légitimité étatique, les populations baissent la garde, accueillent ce qu’elles croient être la protection, sans percevoir que l’autorité qu’elles reconnaissent a été falsifiée.
Lorsque l’imposture éclate enfin, la révélation survient toujours trop tard : l’État, profané et usurpé dans ses signes les plus sacrés, n’aura servi que de paravent au carnage, offrant son visage à la barbarie pour mieux dissimuler la violence méthodiquement déchaînée contre des civils sans défense.
Face à cette réalité, le silence persistant du pouvoir central est assourdissant. La minimisation récurrente des morts à Beni et en Ituri, l’absence de paroles fortes et d’actes décisifs, nourrissent une impression d’abandon et d’impunité.
Nul ne peut comprendre qu’un terrorisme assumé, documenté par des témoignages concordants et des interceptions matérielles, ne suscite pas une mobilisation nationale à la hauteur de l’enjeu. Ce mutisme, qu’il soit calculé ou négligent, délégitime l’autorité publique et creuse le fossé entre l’État et les citoyens qu’il est censé protéger.
Plus grave encore, la confusion entretenue par ces pratiques délétères avilit l’institution militaire elle-même. Lorsque des éléments se livrent au trafic d’uniformes, à la prédation des biens des populations et aux tracasseries quotidiennes, ils vident la force publique de sa raison d’être.
L’armée cesse alors d’être un rempart pour devenir, aux yeux des civils, une menace indistincte, et se rend de facto inapte à toute guerre juste et efficace. L’ennemi n’est plus seulement extérieur : il s’infiltre dans les chaînes de commandement, corrompt les symboles et désarme la confiance.
Il est temps d’exiger une enquête sérieuse, dotée de moyens réels et placée hors de toute tutelle politique, afin de démanteler les réseaux qui facilitent le massacre des civils sous couvert d’uniformes nationaux. La vérité n’est pas une option ; elle est une obligation morale et républicaine. Sans elle, l’État se condamne à n’être qu’une silhouette contrefaite, dont les insignes servent moins à protéger qu’à tromper et dont les silences finissent par tuer.













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