Elle s’inscrit dans une séquence politique, économique et géostratégique d’une rare densité, où s’entrelacent les impératifs de gouvernance, les rapports de force internationaux et plus troublant encore, les liens de parenté désormais visibles au sommet de l’appareil minier national.
La Gécamines, pivot historique de l’économie congolaise, détient des participations stratégiques dans une multitude de projets de cuivre et de cobalt, ces minerais critiques devenus le nerf de la transition énergétique mondiale. Or, la nomination de Deogratias Ngele Masudi à la présidence du conseil d’administration, concomitante à celle de Baraka Kabemba au poste de directeur général, ne constitue pas une permutation anodine.
Les deux hommes succèdent respectivement à Guy Robert Lukama et à Placide Nkala Basaduila, en fonction depuis le début de l’année 2023, désormais redéployés vers d’autres entités du portefeuille public.
Si le parcours administratif de Ngele Masudi témoigne d’une familiarité ancienne avec la maison Gécamines, il en fut secrétaire général jusqu’en 2021 sous la présidence d’Albert Yuma, son profil politique retient davantage l’attention.
Un élément nourrit les interrogations : en 2025, son fils a contracté mariage avec Christina Tshisekedi, secrétaire particulière et fille du chef de l’État.
Ainsi se dessine, au cœur de l’appareil minier stratégique, une proximité familiale désormais institutionnalisée.
Ce remaniement intervient à un moment charnière. Le gouvernement congolais cherche à attirer des investissements américains dans un secteur minier longtemps dominé par des groupes chinois. Les discussions entre Kinshasa et Washington, intensifiées depuis la fin de l’année précédente, traduisent la volonté de diversifier les partenariats stratégiques et de redéfinir l’équilibre des influences.
À cet égard, la désignation antérieure de Ngele Masudi et de Kabemba au sein d’une cellule de coordination stratégique chargée du suivi des négociations minières révèle la cohérence d’une stratégie où le politique et l’économique s’imbriquent étroitement.
L’épisode du rachat de Chemaf cristallise ces tensions. Cette société, productrice de cuivre et de cobalt, lourdement endettée et mise en vente depuis 2023, est devenue l’objet d’une rivalité à peine voilée entre intérêts américains et chinois. L’offre de reprise formulée par le groupe américain Virtus Minerals, soutenue par le fonds Orion Resource Partners, par Lloyds Metals et, surtout, par l’administration Trump, a reçu l’aval des autorités congolaises.
Pourtant, Guy Robert Lukama s’y opposait, alors même que l’accord de la Gécamines s’avère indispensable : l’entreprise publique est propriétaire de la mine de Mutoshi, l’un des actifs majeurs exploités par Chemaf.
La signature en janvier d’un accord portant sur 95 % du capital de Chemaf n’a pas dissipé les crispations internes. Virtus Minerals, dépourvue d’une expérience significative dans l’industrie minière, n’aurait sans doute pu s’imposer sans un appui politique de premier ordre.
Dès lors, la recomposition de la direction de la Gécamines apparaît moins comme une coïncidence que comme un acte de clarification stratégique, visant à aligner la gouvernance de l’entreprise publique sur les orientations géopolitiques de l’exécutif.
Ainsi se pose la question essentielle : la consolidation d’un cercle de confiance, incluant des proches par alliance du chef de l’État, relève-t-elle d’une rationalité politique assumée, garantir la loyauté dans un moment de bascule stratégique ou constitue-t-elle une dérive népotique susceptible d’affaiblir la crédibilité institutionnelle du pays ?
Dans un État où la richesse minière demeure à la fois promesse de souveraineté et foyer de convoitises, la frontière entre stratégie nationale et captation familiale est d’une extrême fragilité.
En plaçant à la tête de la Gécamines un homme désormais lié par alliance à sa propre famille, Félix Tshisekedi engage non seulement son autorité politique. L’avenir dira si ce choix relèvera d’une manœuvre habile au service d’une réorientation stratégique, ou d’un précédent fâcheux dans l’histoire tourmentée de la gouvernance minière congolaise.














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