Une crise avant tout endogène ou l’aveuglement délibéré d’un pouvoir en quête d’alibi

Redigé par Tite Gatabazi
Le 3 janvier 2026 à 06:17

En rappelant que « la crise actuelle est essentiellement congolaise » et qu’« externaliser ses causes revient à ne s’attaquer qu’aux symptômes sans jamais traiter le mal », Corneille Nangaa, dans ses vœux adressés aux Congolais le 31 décembre 2025, a mis des mots mesurés mais incisifs sur une réalité que d’aucuns feignent encore d’ignorer.

A travers cette affirmation, c’est toute une architecture de déni institutionnalisé qui se trouve désignée : celle d’un régime plus empressé à chercher des boucs émissaires au-delà des frontières qu’à se confronter lucidement aux impasses de sa propre gouvernance.

Car la tentation est grande, pour un pouvoir fragilisé par l’inefficience, la corruption systémique et la désagrégation de l’autorité publique, de détourner le regard des responsabilités internes en brandissant des menaces extérieures érigées en explication unique et commode.

Cette stratégie d’externalisation permanente, devenue méthode de gouvernement, permet de substituer à l’examen des échecs une rhétorique victimaire, de préférer l’invective diplomatique à la réforme courageuse et d’escamoter, sous le fracas des déclarations, la profondeur des fractures sociales, politiques et sécuritaires qui déchirent le pays.

Qualifier cette démarche de « stratégie mensongère » n’a dès lors rien d’excessif : elle procède d’une volonté délibérée d’occulter l’origine endogène des crises récurrentes, faiblesse des institutions, clientélisme érigé en système, instrumentalisation identitaire, abdication de l’État face aux prédations économiques et aux abus de pouvoir.

En désignant l’autre comme responsable suprême, le régime se décharge de l’obligation la plus élémentaire : répondre devant la nation des mandats qui lui ont été confiés.

Il est temps, pourtant, de rompre avec ces subterfuges rhétoriques. Nul redressement durable ne saurait naître de l’esquive et du mensonge d’État. La paix véritable, la stabilité et la dignité nationale ne s’obtiendront ni par l’invocation incessante de menaces exogènes ni par la perpétuation d’une propagande commode, mais par la lucidité politique, la restauration de l’autorité morale des institutions et l’engagement résolu à réformer ce qui doit l’être.

En rappelant que la crise est d’abord congolaise, Corneille Nangaa invite, en creux, à un sursaut de responsabilité : regarder la nation en face, reconnaître ce qui dysfonctionne et admettre que nul horizon de renaissance ne s’ouvrira tant que le pouvoir persistera à maquiller ses propres défaillances sous le voile trompeur d’une agression perpétuellement invoquée.

C’est à ce prix seulement que la parole publique retrouvera sa crédibilité et que l’espérance du peuple cessera d’être confisquée par les artifices d’un discours sans lendemain.

Corneille Nangaa a rappelé que « la crise actuelle est essentiellement congolaise » et qu’en externalisant ses causes, on ne traite que les symptômes

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