Urgent

Uvira ou le théâtre d’une guerre fratricide aux alliances retournées

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 août 2025 à 11:25

La ville d’Uvira, située sur la rive occidentale du lac Tanganyika, si proche de Bujumbura, la capitale burundaise, s’érige désormais en champ de bataille où les compagnons d’armes d’hier se muent en adversaires irréductibles, n’hésitant pas à croiser le fer à l’arme lourde au cœur même de la cité.

Les événements survenus ce mardi 26 août en offrent une nouvelle illustration tragique : des affrontements violents ont opposé, dans les quartiers de Kasenga et de Kavimvira, les FARDC ou ce qui en reste à leurs anciens alliés, les groupes dits wazalendo, entraînant la mort d’au moins deux personnes et plusieurs blessés.

La journée s’est ouverte sous le fracas des détonations, plongeant la population dans un climat de panique et de sidération. « C’est depuis ce matin que l’on entend les tirs, sans que l’on sache véritablement ce qui les a déclenchés », confiait, dans un témoignage un habitant encore sous le choc. La société civile locale, par la voix de son coordonnateur provincial, Mafikiri Mashimango Martin, a confirmé un bilan humain provisoire d’au moins deux morts, invitant aussitôt les belligérants à renouer avec un dialogue véritablement constructif, digne de forces censées combattre côte à côte pour une même cause nationale.

Or, ces soubresauts militaires n’inquiètent pas seulement la population congolaise : ils suscitent une véritable panique au sommet de l’État burundais. Depuis plusieurs mois, Bujumbura considérait l’axe FARDC–wazalendo comme un rempart essentiel, garantissant à la fois la stabilité de sa frontière septentrionale et la préservation de ses intérêts économiques et sécuritaires dans la région.

L’éclatement de cette alliance fragile vient donc bouleverser les calculs stratégiques du pouvoir burundais, qui voit se fissurer, à quelques encablures seulement de sa capitale, l’édifice de protection sur lequel il avait fondé ses espoirs.

Plus grave encore, le retournement d’alliance en cours augure de conséquences fâcheuses pour le Burundi, désormais exposé au risque d’une contagion de l’instabilité. Car si FARDC et wazalendo, naguère alliés face aux menaces rebelles, s’entredéchirent à présent pour le partage d’un butin de guerre, rien ne garantit que les ondes de ce séisme militaire ne traverseront pas la frontière.

La proximité géographique de Bujumbura, vulnérable par sa position à quelques kilomètres seulement des foyers de combats, exacerbe l’inquiétude des autorités burundaises, qui redoutent de voir leur propre sécurité intérieure compromise par cette guerre fratricide qui, telle une marée montante, pourrait bientôt déborder de son lit congolais.

Cet épisode, loin d’être isolé, s’inscrit dans une série de confrontations récurrentes entre les FARDC et les milices wazalendo, jadis érigées en supplétifs patriotiques face à l’avancée des rébellions. La veille déjà, une altercation avait éclaté lors du passage d’un convoi militaire escortant les dépouilles d’un officier décédé dans un crash aérien près de Kisangani, convoi que des éléments wazalendo avaient entrepris d’interrompre.

Bien que le gouverneur Jean Jacques Purusi, dans une communication officielle, ait tenu à minimiser l’incident en assurant qu’aucun trouble majeur n’avait été enregistré, les faits du lendemain sont venus brutalement démentir ce discours d’apaisement.

L’histoire récente d’Uvira témoigne d’un basculement inquiétant : après la chute de Bukavu aux mains des rebelles de l’AFC/M23 en février dernier, FARDC et wazalendo, alors contraints de se replier vers Uvira, avaient rapidement cessé de faire cause commune, se livrant à des affrontements qui ensanglantèrent la ville plusieurs jours durant.

Ce retournement d’alliance, où les frères d’armes supposés deviennent des ennemis jurés, illustre la fragilité d’une coalition bâtie moins sur une communauté de principes que sur une convergence éphémère d’intérêts militaires.

L’enjeu véritable, murmurent diverses sources locales, se trouve moins dans la défense du territoire que dans la lutte acharnée pour le partage du « butin de guerre », alimentant des querelles intestines qui sapent l’efficacité de l’effort national de défense.

Ce glissement vers une logique prédatrice, où la fraternité d’armes se délite au profit d’appétits individuels, fait planer sur l’avenir sécuritaire de la région un spectre lourd de périls. Car chaque nouvel éclat de violence, au lieu de renforcer la résistance collective face aux menaces, fragilise davantage le gouvernement congolais et expose les populations civiles à l’arbitraire des armes et à l’instabilité chronique.

Ainsi, Uvira se trouve à nouveau au carrefour des contradictions congolaises : ville martyre, où la frontière entre alliés et adversaires s’efface au gré des convoitises, où la guerre change de visage sans jamais perdre de son emprise dévastatrice.

Uvira, sur la rive ouest du lac Tanganyika près de Bujumbura, devient un champ de bataille où d’anciens alliés s’affrontent désormais à l’arme lourde

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